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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 23:03



I

 

Le texte suivant est inspiré de la  musique et des " adunata " (  formules de l'impossible ) qui caractérisent l'écriture d'Alain Duault dont je lis en ce moment le triptyque en cours.

Le travail de l'écriture est une aventure étonnante. On peut se mettre en condition avec la lecture d'un poème, la relecture d'un autre, se contenter de feuilleter un recueil à la recherche de mots à réserver, ou même vérifier le sens, l'étymologie, les emplois de mots rares.

 

 

Arracher les peaux du chagrin voilà

ce que je veux inventer même

des racines des chimères sans larmes

L'or de ma mémoire fabriquera

 

 



des promesses qu'on ne m'a jamais faites

J'ai lu hier Apollinaire Les émotions

ça fait si mal  tu n'es plus là

O avaler sa salive quand ça passe si mal

 

Je veux dormir avant La fatigue

m'a tué mourir avant que

de t'écrire est impossible

Le soleil brillera moins que l'or de ma mémoire

 

 

 



II

 



Strophe I

 



Je commence par corriger la fin du vers 2  et par enlever ce " même " qui n'est pas du tout à sa place. Mais je garde " inventer " auquel " racines  " et " chimères " correspondent bien comme objets directs et que je fais précéder d'un blanc. Celui-ci s'allie à la solennité de la première volonté et annonce la seconde, " inventer ", que je laisse elliptique sur le plan grammatical. La suite de la strophe me contente et je passe à la suivante qui va représenter le travail le plus important

 

 

Strophe 2

 

 

Deux problèmes se posent :

 

1-     la répétition de " ça fait si mal " ( j'éprouve toujours des réticences à en faire une )  doublée de l'emploi du neutre" ça " de langue  trop courante pour moi.

Il me faut des termes plus littéraires, plus " poétiques ", et en tout cas, davantage de musique.

C'est le moment de parler du choc que j'ai reçu la veille de l'écriture de ce texte dont le vers 6 est autobiographique. En feuilletant Alcools j'ai lu au hasard " La synagogue " et suis restée comme foudroyée par le génie musical d'Apollinaire. Il m'est apparu encore plus fortement  que d'habitude qu'il ne peut y avoir de poésie sans musique et que mieux, la musique est déterminante. Sans celle-ci, il ne peut y avoir, pour moi, d'émotion.

Et comme je viens de me procurer l'anthologie de Christophe Dauphin de ce qu'il  appelle " l'émotivisme " je me demande si on ne pourrait pas parler tout simplement de " musicalisme " sur le plan purement esthétique et formel.

Les sonorités des mots, leur alliance m'ont toujours semblé heuristiques. L'intérêt du poème" La synagogue " ne serait-il d'ailleurs pas principalement musical ?

 

2- De ce fait, la proposition " tu n'es plus là " est très faible pour rendre compte à la fois du choc lui-même, une émotion dont je ne suis pas encore remise, et du sens de ce choc.

Il me faut, tout en évitant le conventionnel, trouver la musique, voire l'incantation, dans l'expression la plus originale possible et empruntée, pourquoi pas, à Apollinaire.

La première qui me vient à l'esprit est le nom d'un des deux juifs " Ottamar Scholem ".

 

Ces changements me semblent provisoires tant je ressens l'importance de cette strophe dans l'ensemble de mon  recueil, Le Chant de l'enfance, et dans celui de ma recherche poétique :

 

 

J'ai lu hier Apollinaire Des émotions qui

font si mal      Ottamar Scholem

O avaler sa salive quand elle passe si mal

 

 

Strophe 3

 

Au vers 2  et 3  l'expression " avant que de " est franchement trop désuète mais je garde la répétition et double même la figure de style avec un chiasme : " et avant de mourir / pouvoir t'écrire " qui supprime " est impossible ".

J'aimerais, sans faire de l'ombre à la chute du derniers vers qui reste inchangée, terminer le vers par un substantif  provoquant un effet de surprise mais n'en trouve pas.

 

 

Arracher les peaux du chagrin voilà

ce que je veux   Inventer

des racines des chimères sans larmes

L'or de ma mémoire fabriquera

 


des promesses qu'on ne m'a jamais faites

J'ai lu hier Apollinaire Des émotions qui

font si mal      Ottamar Scholem

O avaler sa salive quand elle passe si mal

 

 

Je veux dormir avant La fatigue

m'a tué et avant de mourir

pouvoir t'écrire

Le soleil brillera moins que l'or de ma mémoire

 

 

 

III

 

 

Plusieurs modifications s'imposent encore.

 

 

Strophe 1

 

J'ai, en premier, l'idée  de mettre  au vers 2 " ce que je fais " à la place de " ce que je veux ". Le verbe " faire ", proche de ma réalité mentale actuelle, produira, me semble-t-il, un effet plus percutant.

 

 

Strophe 3

 

1- J'ai la même impression pour les vers 9 et 10 où je permute les deux propositions, quitte à supprimer le chiasme " dormir avant et mourir avant… "

 

 2-                                                     l'adunatone

Soleil tu brilleras moins que l'or de ma mémoire

 

Oserais-je imposer au lecteur un mot rare pour annoncer la chute, d'autant que je le fémininise visuellement pour permettre la prononciation grecque ?

J'en prends la responsabilité mais décide de l'éclaircir en le faisant suivre de deux points explicatifs car la chute est bien une figure de l'impossible.

Au dernier vers l'apostrophe s'impose, même si elle est trop classique, dans le but d'éviter un second article défini et surtout pour rendre un hommage final à Apollinaire qui a écrit " Soleil cou coupé ".

 

Strophe 3

 

La dernière décision est la plus difficile à prendre.

Il me faut choisir entre exprimer un certain mystère avec le nom propre Ottamar Scholem et libérer un sens.  J'ai, en effet, en feuilletant de nouveau Alcools, retrouvé à la fin d'un vers de " Zone "  l'expression " Lazare affolé par le jour " qui m'avait impressionnée quand j'avais étudié le recueil. Elle annoncerait et prolongerait à la fois " l'or de ma mémoire " mais je ne restituerais pas le choc autobiographique en ne citant plus " la synagogue ".

Comme cela n'a rien à voir, à mon avis, avec la qualité du texte, je préfère relire encore la strophe à haute voix et opte définitivement pour la première solution. L'incantation s'y réalise assez magiquement même si on peut lui reprocher un côté trop solennel. Je ne recule devant rien pour honorer la grande poésie, quitte à paraître manquer de simplicité. 

 

 

 

Arracher les peaux du chagrin voilà

ce que je fais    Inventer

des racines des chimères sans larmes

L'or de ma mémoire fabriquera

 


des promesses qu'on ne m'a jamais faites

J'ai lu hier Apollinaire Des émotions qui

font si mal    Ottamar Scholem

O avaler sa salive quand elle passe si mal

 

 

 La fatigue m'a tué Je veux dormir

 et avant de mourir pouvoir

 t'écrire l'adunatone  :

Soleil tu brilleras moins que l'or de ma mémoire

 

 

 

 

                                                                                                            juillet 2009

 

                                                                                                      

 

 

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Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans GENESES OU CHANTIERS DE POEMES
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