Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 12:38

http://fr.calameo.com/read/001677772215f2dc7a556 :

Révolution II, France Burghelle Rey

Paysages écrits N° 27

Juillet 2016

Retour au sommaire

La vraie vie est poésie

Les onze courts textes en prose ont été achevés, nous avertit l’auteure, « une semaine avant le vendredi 13 novembre 2015 ». Si ces poèmes s’avèrent en effet prémonitoires, même sans ledit avertissement, notre lecture aurait été très sensible à la révolte – permanente ! – dont les poèmes sont imprégnés :

« Les temps sont venus d’abolir la beauté et je préfère hurler Voilà qu’on décapite Jeunesse haïe foulée aux pieds et mise à nu Quand je pleure sans espoir de naissance nouvelle tendresse en berne mes gestes sont en jachère et mon poète est mort ».

Ce sont des poèmes « couchés », les vers sont mis l’un après l’autre, sur l’horizontale, mais on sent bien que chaque poème est debout et que chacun des vers aurait très bien pu être écrit / mis l’un après l’autre, sur la verticale.

« La révolte vibre sur mes réseaux » – j’ose dire que ces poèmes ont même prophétisé Nuit Debout, d’il y a quelque temps en France.

Alors la force des poèmes de France Burghelle Rey est en-deçà et au-delà des circonstances sociales, historiques : sans les ignorer, ils les comprennent (à leur insu).

« l’orage ne m’émeut plus » : car l’injustice, les inégalités prennent le dessus sur la nature, mais surtout même une nature déchaînée ne peut plus nous impressionner ou elle est juste poussée en toile de fond, quand des forces humaines déchaînées aussi sont beaucoup plus prenantes : « le désespoir comme drogue ». Et surtout : « mes gestes sont en jachère et mon poète est mort ».

La mort de la poésie - « Oui j’abolis mon écriture » - quand la vie et les paroles ne font pas un : « Je n’ai pas pu hier descendre me battre dans la rue c’était l’indifférence devant des anges en danger ».

Peut-on trancher entre les deux ? « Je veux choisir la vie comme ils choisissent la beauté ceux qu’on veut faire mourir mais il faut d’autres armes que celle du stylo et j’abomine les frappes ».

Mais la vie du poète est… poésie : « Et je n’écris pas je me rends au jardin m’assois au pied des arbres mes larmes sont rosée ». Quoi qu’il fasse, son écriture est là, rosée pour la vie des lecteurs.

La beauté ne peut pas être abolie : ni la beauté des vies, ni la beauté de la Poésie.

L’existence du poète est finalement poésie : il faut écrire les vers pour dire si bien qu’on n’est pas poète. Ce livre n’est, finalement, qu’une GRANDE ANTIPHRASE : la poésie est le phénix en lequel chaque poète est, finalement, changé, et non sans « hurler […] de joie ».

Les belles formules pour nous confirmer : « Mon texte se fait chanson pour célébrer la joie d’une nouvelle époque Je nous console ici des morts à venir ».

La poésie de France Burghelle Rey nous console, mais surtout elle nous réjouit par sa force et véridicité, pour ne pas dire, encore une fois, capacité prophétique.

Sanda Voïca

France Burghelle Rey,

Révolution II

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 11:27

Attila Jozsef, poète novateur et engagé, né en 1905, a vécu son adolescence dans le contexte dramatique de la guerre 14-18. Ses textes les plus anciens publiés ici font suite à la mort de mère en 1919. Ils dévoilent déjà une forte empathie pour l'humanité souffrante et les travailleurs en proie au froid et à la faim ainsi que l'espoir utopique d' " un chant / Où se tiendraient par la main tous les gens du pays ". Le poème " L'homme fatigué ", daté de 1923, montre un jeune homme apaisé par la nature hongroise et frère de Rimbaud. Une douceur que la forme chantée, avec un sens savant de la chanson populaire, parvient à traduire. Mais ce sont davantage des accents hugoliens que l'on retrouve dans un hymne à la terre et une révolte sublime : " Ce n'est pas moi qui crie, c'est la terre qui gronde ".

En convoquant des métaphores innovantes, cette poétique s'écarte du conventionnel : " Et sur le cou des boulevards enragés / se gonflent les veines "et sait négocier la chute " C'est un beau soir d'été ". Cette toute jeune voix annonce la grande poésie de la maturité quand elle tutoie la mort et les ténèbres, influencée par l'expressionnisme allemand, et que, paradoxalement, la nuit qu'elle décrit est baignée de lumière par la lune et le soleil. Aussi la lecture des textes de ce recueil peut-elle être source de joie comme dans le poème " Attente " dont l'ambiance féerique évoque un château qui dort " gardé par une dame divine. Hommage au réel également au moyen de la description d'une moisson, de son blé et de son " soleil en colère " qui manifeste un véritable sens de l'art pictural. Le poète au tempérament mélancolique et tragique peut aussi faire preuve d'exaltation et d'optimisme : " Renaissante, la vie est là. " Avec, pourtant, la conscience que tout est périssable se font la recherche de l'amour idéal dans un lyrisme discret : " j'aimerais voir tes yeux " et la quête conjointe de " l'Unique". L'émotion est là s'exprimant dans sa maturité; elle fait naître les mots de bien des vers. Les mots, par exemple, d'un de ceux du " Chant de la force : " Et l'horizon n'a pas encore ébréché mes yeux "; le poète n'a alors que 17 ans.

Mais, par sa pensée spirituelle et son expérience de la folie, Attila Jozsef s'écarte du rationnel. Son athéisme ne l'empêche pas de dialoguer avec Dieu qui " nous visite chaque jour ". Quant à son exhortation à l'enivrement, elle touche au dionysiaque. Dans certains vers se retrouve même l'influence surréaliste : " Mais sur mon front en bataille éclosent des sifflets ". Métamorphose, magie et enchantement participent de cet aspect de l'oeuvre lorsque apparaît Ria, la femme aimée " faite de rayons X ". Une suite de poèmes élégiaques révèle le caractère précoce dans l'expression comme dans les sentiments : " Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers. ". De plus, grâce à l'amour, peuvent coexister les thèmes de l'infini et de l'éternité.

Cette parole poétique, au langage si précis, a différents destinataires : elle se parle à elle-même dans " Attila Jozsef " mais s'adresse aussi au bourgeois et au prolétaire. Une diversité qui ne permet pas au poète d'éviter la solitude dont témoigne, entre autres, le texte " Seul " produit très tôt, à l'âge de 16 ans, : " Je demeurerai seul sur cette terre. / Seul, seul toujours sans âme sœur. "

Ainsi un sentiment d'exclusion se retrouve-t-il dans les poèmes plus tardifs, sortes de complaintes à la Villon. A celui-ci s'ajoute l'idée que la nature et le monde tous deux en colère font preuve d'une violence où la présence des baïonnettes et des balles est des plus odieuses. " Je n'ai plus le cœur à continuer ", écrit le poète en 1933. Quatre ans plus tard, à 32 ans, l'année où il se suicidera en se jetant sous un train, l'épuisement et le pessimisme lui font dire : " Je me dessèche et me brise, / avant l'heure, je vieillis.". C'est à la fin de sa vie que, dans la sérénité, son poème se fait vitrail comme dans ce texte formé de distiques où se succèdent de délicates notations lyriques :

" Cent hirondelles exultent, bercées dans leur nid,

comme tes mots d'amour ivres en mon cœur…

Lucioles sur les pétales d'une fleur de pommier,

mes yeux se posent sur ta peau de lait…

Et la colline de roses d'or de ta chevelure

se languit de la rosée de mon baiser. "

Et, même si, dans le texte suivant, se précise une impasse déjà constatée : " Tu sais qu'il n'y a pas de pardon " et si se confirme encore l'absence de l'aimée qui provoque la supplique " Sauve-moi de ces abîmes ", il reste la présence tenace, pour l'orphelin, de la mère, de celle qui le " berçait en chantant ". Ces mots, écrits six mois avant la mort, font écho au poème de jeunesse " Ma mère est morte …" et témoigne de la cohérence d'une écriture profondément humaine qui ne peut cesser de marquer les esprits avertis et sensibles.

France Burghelle Rey © ( novembre 2015 )

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 17:59

France Burghelle Rey, Révolution II. Laon : La porte, 2016.

« Je veux choisir la vie comme ils choisissent la beauté. » Si le premier livret intitulé Révolution s’appuyait sur Van Gogh (les blés) et Apollinaire (les alcools), le second part sur un double constat : la déception de la jeunesse et la croyance à la haine, aux cruautés ! Etranges métamorphoses extérieures (la guerre, la mort, la haine) et intérieures (mort en soi du poète, l’abolition de la beauté, de l'écriture ). Si un enfant va mourir, si la révolte crépite sur les réseaux, faudra-t- il choisir entre l’amour et la haine, entre la révolte et la tendresse ?

« la haine est sans limite quand ma page est petite je me demande si je suis libre " Sommes-nous, nous dit France Burghelle Rey, un prisonnier dans la nasse des guerres et des cauchemars ? Alors, en dernier recours, le poète substitue la chanson à l’écriture et offre son identité pour leur renaissance, hurle de joie et nous « console ici des morts à venir ».

Revue Temporel n°21 - avril 2016 par Gérard Paris

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 18:18

Appel aux spécialistes de l'œuvre de Marguerite Duras et spécialement aux lecteurs de L'Amour qui m'a inspiré les quelques impressions suivantes. Je souhaite, à leur sujet, obtenir, en échange, des remarques ou même des contestations, de toute façon, un dialogue.

L'article n'a pas l'ambition de faire une analyse approfondie ni même synthétique du roman mais plutôt d'essayer de rendre compte des causes qui provoquent l'émotion chez son lecteur au même titre que le fait un texte poétique

Duras ou l'émotion poétique

Marguerite Duras, dès les premières lignes de L'Amour, par l'économie des moyens, suggère du regard le plus pénétrant, observe ses personnages, leurs mouvements, le paysage dans lequel ils évoluent. Cette simplicité induit une émotion nourrie du dépouillement des êtres devant l'absurde, la même émotion que l'on ressent en lisant de la poésie sauf qu'ici ce n'est pas de la poésie.

"Jour" : une soudaine lumière en un seul mot comme un choc pour le lecteur qui se laisse porter. On entre alors dans autre chose. Même si l'histoire semble banale – mais il est vrai qu'on avance sans vraiment comprendre dans un mystère et un monde nouveaux – Duras ménage presqu'à chaque page des surprises avec ses flashes inattendus. Mais elle en dit plus qu'elle n'en a l'air. De la femme " pâle " chaque lecteur dégage ce qu'il sent : la maladie, la solitude qui ne sont pas dites, comme s'il y avait absence de vie intérieure. Les yeux " s'ouvrent douloureusement ", plus loin le geste de la femme est " d'une tendresse désespéré "; Mais que valent ces hypallages par rapport à une poétique qui est ici celle du corps ? Les mots " crient ", " dévorent ", " sang ", continuent à faire choc comme le mot " enfant " qui contrastent inhabituellement avec " bonheur ".

Paradoxalement, si elle ne comporte aucune trace de lyrisme, l'écriture durassienne est porteuse d'une émotion qui la rend proche de la poésie.

L'écrivaine peint par touches juxtaposées sans adjectifs, sans nuances donc. Elle filme partout où porte son regard, contemporaine par un art qui, chez elle, se dépouille, ne tient par rien, à la limite d'un silence qui fait encore miraculeusement musique. Son regard-caméra opère page après page des travellings que nous suivons avec l'obéissance du lecteur qui cherche son émotion en voulant encore comprendre.

Après Duras, il est difficile d'ex-primer un quelconque silence car elle l'a fait sans cesser de nous nourrir. Nous sommes nourris, entre autres, dans L'Amour par ce cri qui nous a déjà marqués dans Moderato Cantabile.

Duras et l'absence

A la fin du livre l'absence envahit contradictoirement le texte car elle concerne tout et tous. La nature a disparu, les parcs aussi, la mer " s'éloigne ". Il ne reste plus que le vent " violent " et le soleil mais celui-ci fait dormir et c'est une autre forme d'absence encore. Après qu'ils se sont arrêtés de marcher, de bouger, plus de mouvement encore pour les personnages pris par le sommeil, nécessité annoncée, dès le début du livre où il s'agissait déjà de dormir ou de mourir. Plus de clefs pour la salle où le bal n'a plus lieu. L'absence règne aussi par les interdits puisqu' " on n'a pas le droit d'ouvrir ". Elle devient soeur de l'oubli quand on lit la phrase-clef prononcée par le voyageur " Je ne sais plus rien " qui rappelle la voix de Rimbaud dans " Matin " criant : " Je ne sais plus parler ".

L'absence envahit jusqu'à l'écriture où se répètent sans cesse les locutions négatives. Ainsi le présent n'apporte-t-il aucune compensation aux objets et souvenirs disparus. Seul revient le mouvement puisque regard il y a toujours, exactement comme la fonction crée l'organe, un mouvement qui suit la marche, les marées, la lumière. La plupart des autres sens sont actifs car on entend les sirènes, on voit du rouge. Il reste ainsi un sursaut de vie avant la catastrophe. Comme si on sortait du rien, du néant avant la décoloration finale, celle de la mer et du ciel, qui nous fait revenir aux premières pages de l'histoire où la couleur avait déjà disparu.

Si les paroles ont été porteuses de silence, le silence, à lui tout seul, a porté le sens, celui de la mort métaphorisée par cette absence nommée par touches successives. Comme si on était en présence du travail d'une photographe aux prises avec le développement de sa pellicule et prisonnière de sa chambre noire.

France Burghelle Rey ©

Citation de Claude Roy à propos de Moderato Cantabile " Madame Bovary " réecrite par Bela Bartok. "

Œuvre au clair, 104 et le Nouveau roman : " une école du regard ", 111

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 12:46

" Je voyage dans un Temps qui ne m'appartient plus "

Pour France Burghelle Rey il s'agit de mettre en concordance ( ou au diapason ) la houle du temps avec le chant issu de la mémoire et de l'enfance. D'entrée le poète nous fixe un cadre la Bourgogne ( un petit village près d'Avallon ) avec autour tout ce qui peut rappeler l'enfance ( ce navire d’innocence ) : les lieux magiques ( Combourg, Valdemosa ), la proximité des peintres ( Mondrian, Chagall, Turner )et des musiciens ( Mozart ). Plonger dans les limbes de l'enfance, c'est s'efforcer de retrouver le jumeau perdu ( la fillette ) :

" ô ma mémoire ma renaissance

Laudes de ma vie meurtrie laudes de l'avenir

J'écris guéri sous la dictée d'un ange "

Tout en bridant un lyrisme contenu, le poète renaît par des éclats de mots, de feux, de voix et alors resurgissent les odeurs de terre mouillée ou de roses trémières, le rappel des cahiers d'écolier et de robes de fillettes, les cris des rémouleurs et des marchands de peaux de lapins. Mais le passé s'effrite face à un présent, à un chant hanté par l'avenir. En dernier recours vont nous rester les mots ( comme des astres ou des galets ) et la neige cette patrie neutre. France Burghelle Rey part à la recherche d'un autre pays ( nimbé de lumière, ourlé de silence et de rêve ), avec une autre " langue au souffle immense ". Gérard Paris, " La Grappe ", décembre 2015

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 16:42

http://www.lacauselitteraire.fr/le-mendiant-de-la-beaute-attila-jozsef

Attila Jozsef, poète novateur et engagé, né en 1905, a vécu son adolescence dans le contexte dramatique de la guerre 14-18. Ses textes les plus anciens publiés ici font suite à la mort de mère en 1919. Ils dévoilent déjà une forte empathie pour l'humanité souffrante et les travailleurs en proie au froid et à la faim ainsi que l'espoir utopique d' " un chant / Où se tiendraient par la main tous les gens du pays ". Le poème " L'homme fatigué ", daté de 1923, montre un jeune homme apaisé par la nature hongroise et frère de Rimbaud. Une douceur que la forme chantée, avec un sens savant de la chanson populaire, parvient à traduire. Mais ce sont davantage des accents hugoliens que l'on retrouve dans un hymne à la terre et une révolte sublime : " Ce n'est pas moi qui crie, c'est la terre qui gronde ".

En convoquant des métaphores innovantes, cette poétique s'écarte du conventionnel : " Et sur le cou des boulevards enragés / se gonflent les veines "et sait négocier la chute " C'est un beau soir d'été ". Cette toute jeune voix annonce la grande poésie de la maturité quand elle tutoie la mort et les ténèbres, influencée par l'expressionnisme allemand, et que, paradoxalement, la nuit qu'elle décrit est baignée de lumière par la lune et le soleil. Aussi la lecture des textes de ce recueil peut-elle être source de joie comme dans le poème " Attente " dont l'ambiance féerique évoque un château qui dort " gardé par une dame divine. Hommage au réel également au moyen de la description d'une moisson, de son blé et de son " soleil en colère " qui manifeste un véritable sens de l'art pictural. Le poète au tempérament mélancolique et tragique peut aussi faire preuve d'exaltation et d'optimisme : " Renaissante, la vie est là. " Avec, pourtant, la conscience que tout est périssable se font la recherche de l'amour idéal dans un lyrisme discret : " j'aimerais voir tes yeux " et la quête conjointe de " l'Unique". L'émotion est là s'exprimant dans sa maturité; elle fait naître les mots de bien des vers. Les mots, par exemple, d'un de ceux du " Chant de la force : " Et l'horizon n'a pas encore ébréché mes yeux "; le poète n'a alors que 17 ans...

suite sur le lien

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 11:56

Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault, Gallimard, 143 pages, 2010

Le troisième volet du triptyque d'Alain Duault mériterait bien que son titre soit éponyme de cet ensemble de près de 400 textes car il énonce un paradoxe que développe l'œuvre toute entière et qui s'exprime, en effet, dès le premier recueil, Une hache pour la mer gelée. Déjà, en effet, la répétition des thèmes, les récurrences de mots, les assertions métaphoriques, les questionnements de l'incipit à la chute des quinzains permettent de comparer le travail du poète au ressac de la mer devant laquelle il aime travailler. C'est sans doute devant elle qu'il a évoqué les horreurs de la guerre qui l'ont marqué au point qu'il en est arrivé à écrire : " la guerre, c'est moi". Mais, dès les premiers textes, il s'était, à l'inverse, rappelé les bons souvenirs comme, dans cette description au présent, où, à propos de la femme aimée, il parle de " la ligne de ses cheveux ou cette manière de monter son cheval bai ". Dans les nombreux passages consacrés à celle qui n'est plus et qu'il fait revivre ici, le poète hésite, sans aucun doute volontairement, entre l'emploi du temps présent et celui des temps du passé en les faisant alterner d'un chapitre à l'autre et même d'un texte à l'autre.

Mais si est précaire, comme sur du sable, cet équilibre entre mémoire et oubli - il arrive, au cœur d'une déclaration, à dire " j'aime te voir nue " -, entre présent et passé c'est bien pourquoi aussi Alain Duault semble n'en avoir jamais fini et son écriture, dans une sorte de logorrhée, s'exprime en ce phrasé qui emporte son lecteur jusqu'au dernier texte.

Et c'est vrai qu'il ressent cette lassitude qui, dès le premier volet, interrompait le flux poétique par ses interrogations : " Sais-je comment", " Et sais-je encore " et qui perdure dans Ce qui reste après l'oubli, au travers de questions plus précises : " Comment demeure en nous l'intérieur " ou " Que reste-t-il à regarder ". La tentation première n'est-elle pas celle de l'oubli " pour n'avoir pas d'adieu à donner ". D'autant que l'oubli est le privilège de celui qui vit sa passion : " je me souviens d'avoir oublié tant de choses avec elle qui ne s'oublient pas ". Mais c'est en réalité un comble bien douloureux de se souvenir, de ne pas oublier qu'on oubliait !

Ainsi voudrait-on oublier encore comme quand l'amour était là. Dans la poétique du narrateur amoureux cette évasion qui a eu lieu par l'amour est relayée par celui, métaphorique, de la mer qui, on peut le penser, tant il parle d'elle, lui a été d'une aide précieuse. Les images en parsèment le recueil et sont vaguelettes sur la plage des phrases : " les vagues de mes yeux " " tes mains de plage ". Jusqu'à la fin du recueil la mer va servir de toile de fond au récit de l'aventure amoureuse, jusqu'à cette dernière métaphore : " Nous avions repris la mer ou la mer nous avait repris " qui inverse, comme souvent en poésie, le point de vue. L'écriture pour dire l'amour et l'amour qui forge l'écriture.

Ainsi l'évasion par l’amour et l'évasion par la mer se répondent-elles tout au long du recueil. Cependant ce désir apparent n’arrive pas à dissimuler que le poète désire encore se souvenir. Car les autres, eux, ont oublié celle qui est morte dans ce qu’il a appelé " l’accidente " et qui a marqué sa vie et son œuvre. Ils l’ont oubliée comme sait le faire justement la mer, " la grande oublieuse qui remonte son linceul ". Les autres le questionnent sur l'oubli et il se dit "qu'ai-je donc fait à la mémoire " dans un quinzain où " on l'accuse de joie car c'est inadmissible indigne d'aimer ". Mais si, dans la chute de ce texte, il fait aux " coincés " " un bras de bonheur ", c'est bien que la mémoire ne peut qu'avec lui gagner. Il a, en effet, un rôle majeur à jouer : il est un actant de la mémoire, son garant, son " auctor ". Cette posture agissante, il l'avait déjà par le passé où, il l'écrit, il voulait " voir " comprendre, " toucher ", " écouter ", " sentir battre les mondes " et il la garde toujours puisqu'il " regarde toujours " ces marins qu"il a pourtant déjà " tant vus ".

Car les souvenirs sont trop vifs. Il suffit de donner pour exemples les lieux et les voyages et tous ces détails foisonnants d'une topographie multiple qui ne peuvent mentir. Ainsi, à la fin du livre, deux textes nous font faire le tour de l'Italie à travers Florence, Venise, Rome et Naples. Et on voit que cette écriture fait son devoir de mémoire quand son auteur parle d'Hiroshima, de la chute du mur et qu'il n'achève pas son recueil sans dire à propos d'Hitler et Staline " que faire du soleil de cette tendresse ignoble des tyrans "

On est en effet, ici, il faut le reconnaître, en présence d'un grand livre de la mémoire. Il n'y a pas que la géographie d'évoquée mais il y a aussi l'Histoire, la littérature et l'art. Dans ce troisième volet, il est question de Shakespeare et de ce qu'il écrit dans Henry V, mais également de Turner admiré à la Tate ou encore de " tous les Soljenitsyne et tous ceux qui attendent depuis quand / Ils savent qu'ils sont trop vieux ".

Dans cette grande exploration du passé, les souvenirs " extérieurs " ne sont pas les seuls qui comptent, il y a aussi les souvenirs qu'il convient d'appeler " intérieurs " et notamment les sensations. Celles, d'abord, liées à l'amour : la peau, le corps, les robes, le satin et les dentelles. Il y a même avant " la pluie quand on était enfant".

Il faut ajouter à cela que l'œuvre d'Alain Duault est un hommage constant de la couleur. On pourrait peindre ses poèmes, en faire des collages surréalistes car le poète imagine " le bleu des roses " ou " les yeux de lune rouge ", pour lui " l'aube est coquelicot " et on l'asperge de " sable noir ". Il entretient, d'ailleurs, un rapport privilégié avec les peintres contemporains nous livrant sa vision de l'un deux en écrivant, enthousiaste :" Jaune Rothko rouge dense jaune danse de l'été rose grenat… "

A propos des couleurs, on revient à la mer pour dire que l'auteur y nourrit son imaginaire et son écriture de couleurs. Il y trouve le bleu, la couleur préféré des poètes et de l'humanité entière. Il l'étend à la nature et même aux fleurs, comme il est dit plus haut.

Ainsi telle la mer et son ressac, la mémoire n'en finit-elle pas. La langue, en un superbe phrasé, mime la musique des flots. Il faut donc continuer d'écrire et obéir à la promesse du premier volet : " Non il ne faut ni se taire ni oublier " jusqu'à la fin du recueil qui semble avoir son acmé avec le texte sur le Danube, le poème sans doute le plus harmonieux de tous. On y espère encore du bleu et ce mot de couleur est encore récurrent, il ricoche de texte en texte de même que le verbe " ricocher", minuscule mise en abyme, ricoche lui-même.

C'est ce jeu des mots, et il faut l'appeler du terme le plus noble de " poésie ", qui est bien " ce qui reste", ce miracle qui est l'écriture, cette partition qui chante la mémoire des choses même en les déformant. Le recueil aurait pu ne jamais finir et être bien un livre de mer et de sable car rien n'est terminé et après la vie, la mort et leur oubli, il reste l'écriture, la poésie, cette chaîne de textes qui roulent comme les vagues ou comme la pierre de Sisyphe. Mais celui-ci ne cueille-il- pas de l'autre main les fleurs de sa montagne ? Et ce chant des quinzains n'est-il pas rédempteur ?

Ecrire de la poésie c'est vouloir l'impossible, ainsi va-t-on de surprise en surprise avec des formules surréelles, proches de l'écriture automatique, appelées en grec " adunata " dans un style où le vocabulaire est roi. Le lecteur se trouve alors dans cet état où " la perception du monde est modifiée " pour reprendre la définition donnée par Philippe Jaccottet lors d’un entretien paru dans le Monde des livres. C’est en effet à ce que Rilke appelle l’Ouvert que celui-ci fait allusion, ajoutant " je crois que toutes les œuvres poétiques, et plus nettement encore les œuvres musicales, nous conduisent plus ou moins près de ce seuil. "

L'auteur du triptyque aime hésiter entre deux temps-espaces, celui de la réalité et celui de l'imaginaire " ouvert ", et entre un écrit et un dit ou plutôt un chant de la mémoire.

C'est la musique alliée au vocabulaire et à l'imagination qui, ici, devient œuvre, autrement dit, " opera ". Alain Duault avoue pallier par l'écriture, telle une musique de chambre avec vue sur mer, le fait de ne pas composer de musique. Virtuose du rythme, celui qui est aussi musicologue, l'est surtout parce que chez lui la souffrance et l'émotion ont été premières.

La poésie haussée à ce degré de musique est très rare et la voix qui résonne dans Ce qui reste après l'oubli est l'une des plus remarquables de son époque.

France Burghelle Rey ©

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 06:08

Il est rare qu'on se pose la question « Qui parle ? » dans un recueil de poèmes car la plupart du temps celui ou celle qui dit « je » est le poète lui-même. Avec Le Chant de l'enfance quelque chose d'indéterminé règne à ce propos. Les occurrences du « je » ne font pas défaut mais sont souvent attribués à un sujet masculin qui, par là même, ne peut renvoyer directement à l'auteur. Le Je est un autre est ainsi interrogé dans le texte de façon diverse. Nous, lecteurs, devons faire avec ces « je » tantôt masculins, tantôt féminins, à ces « tu » indistincts comme aussi à des « nous » ne renvoyant qu'à l'idée de pluriel sans qu'on puisse véritablement identifier les personnes. Ce flou de l'énonciation fait partie du charme du recueil qui superpose non seulement les personnes mais les époques, peut-être même les lieux dans une intimité implicite et distante et vraisemblablement pour dire et taire à la fois un deuil ou peut-être plusieurs, des secrets et non dits qui affleurent de façon sensible mais discrète.

Ce que dit Le Chant de l'enfance c'est que la poésie transforme tout. Elle produit la variation des humeurs ou la crée. De plus, elle a le pouvoir de guérir:
« Pour guérir
j'ai attendu que
vienne la p
oésie » (p.13)

Elle produit le miracle de l'enfance retrouvée mais à la condition d'une opération de sorcellerie syntaxique, formule magique qui exige la discordance, la claudication et l'inversion (des mots comme des genres), un bouleversement de la limpidité de la langue,
« Possible est mon souvenir
mais il faut changer l'ordre des m
ots ».

Dans le cadre unique d'une cinquantaine de douzains, à l'intérieur desquels toutes les combinaisons de vers sont possibles, on entendra un chant en formation qui goutte depuis l'enfance jusque dans son désordre et son charivari originels.

Entre cet hier que l'on évoque et l'aujourd'hui de l'énonciation , le fossé du temps permet, paradoxalement, de :
« creuser des tombes
où enfouir le malh
eur ».

Une association hétéroclite réinvente le passé dans le présent même. L'enfance resurgit, aidée par les enfants du jour d'aujourd'hui.
« je concorde les Temps
recompose un pa
ssé »
et plus loin
« D'enfants de mes enfants ma joie
a accouché mon émotion
C'est ma naissance à la vieillesse/mariée à la be
auté. »
Dans ce quatrain France Burghelle Rey convoque les lois de la vie et la chaîne sans fin des générations. Elle convoque la vie tout entière grâce au champ lexical qu'elle emploie tout en décalant les attentes, tout en cour-circuitant le cheminement banal des naissances et des morts.

Les poèmes disent le bienfait et la nécessité d'écrire. C'est un leitmotiv puissant qui traverse l'ensemble du recueil . Il donne l'élan.
« je versifie le chant de mon enfance perdue » (premier poème) ;
il jette un pont entre le présent et le passé.
« passé qui bouleverse
le présent du poème dans l'écho incessant
des notes que tu cha
ntes. »

il se fait lyrisme pur et transcendance :
« O ma mémoire ma renaissance
laudes de ma vie meurtrie laudes de l'avenir
j'écris guéri sous la dictée d'un
ange »

il informe
« J'écris à l'aurore » ;
il précise un art poétique
« j'écris et j'apprivoise mes mots
avec le cœur qui pleure mais les yeux s
ecs »

il donne accès à l'avenir
« Mes mots m'emportent
dans le vent de l'aven
ir »
il rythme la vie
« J'écris mon œuvre au rythme de ma vie » ;

il est aussi acte testamentaire
« Recueil d'adieux aux souvenirs
mon requiem pour une infante
j'achève à l'aube de la vieillesse
mon chant
du cygne » .

Comme cristallisés par le temps et le deuil, les souvenirs affluent, vifs, intacts retraçant des imageries enfantines, soufflant les contes, les légendes, les fêtes, les saisons. Touches légères comme les notes de musique au moment des apprentissages, les émotions revécues essaiment tout au long des douzains et rendent compte de l'accumulation des enseignements, des expériences, des connaissances livresques, artistiques, sentimentales. Rien n'est séparable, ni la terre natale, ni les liens d'amour, ni les déchirements et manques, ni les richesses intellectuelles patiemment accumulées. C'est ce vaste tableau stratifié que le recueil recèle et d'où palpite la vie dans ses failles et ses joies.

« Voilà que j'ai filé au rouet
ma vie de l'odeur du lilas
au sourire Kennedy j'entends la musique
des sixties Odeur de terre
mouillée »



présentée par Dominique Zinenberg
Francopolis décembre 2015

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:23

Note critique sur Fleurs d’orage, Claudine Bertrand, éditions Henry.

http://www.recoursaupoeme.fr/…/fil-de-lecture-de-france-bur…

Le recueil s’ouvre sur l’alliance de la parole avec le monde et sur le désir pour « le poète aveugle », Roland Giguère, qui a choisi le suicide et au souvenir duquel Claudine Bertrand dédie son texte, de retourner au limon. Pour ce faire se déploie, dès les premières pages, une isotopie de la liquidité. L’eau, sous toutes ses formes, est ici un élément rédempteur et permet à l’errant de trouver son identité. La narratrice, en union avec son interlocuteur, se métamorphose et trouve sa définition : « je suis méditerranée ».

Au sein de cet univers « cobalt » et « indigo » « les « fleurs d’orages » dans un vers éponyme et la « couleur fraîche sur dalles chaudes » s’associent au champ lexical du bleu.

Le livre formé, avec harmonie, de quatrains aux vers courts et composé de quatre volets avance comme autant de vagues qui se déposent sur le sable du repos définitif. La première partie se clôt sur la révélation que l’eau et les mots sont une même et unique chose : « l’eau des psaumes » où l’on va savoir si le poète ( destinataire ou narrateur ? ), dans un « éden métissé », pourra trouver le salut.

Le second volet, après une allusion au tsunami et à la fuite, s’achève sur une profession optimiste du poète disparu qui a écrit :

« Nous ne craignons pas
les profondeurs
si nous pouvons
remonter plus haut »

A l’ouverture de la partie suivante, c’est une langue aux accents homériques qui s’offre au lecteur avec, comme cadre encore, les éléments marins et comme moyens, des épithètes et expansions diverses dignes des grands textes :

« l’orpheline éternité »

« abîmés de bleu
les nuages saturés »

« l’indéchiffrable ailleurs »

Et au milieu de la mer qui « ensorcelle » et qui grise : l’espoir. A noter, également, malgré tout un lexique funèbre, ces deux vers remarquables :

« jamais plus le siècle
ne piratera ton verbe »

Puis la musique, « cette alchimie », semble bien la clé dans « le lamento d’un art sacré ».

Le volet quatre réitère ces isotopies. L’eau, sous l’aspect, cette fois, de la glace et les couleurs également, accompagnent l’hommage au peintre :

« Revoir les paysages
de Sisley lointains
en bordure du Loing
des péniches évoluent »

Assonances et allitérations y remplissent leur rôle synesthésique et l’art de Claudine Bertrand - à la fois, dans son sens et sa forme - nous comble :

« Moulin près du pont
un jeu limpide
de teintes ciel de lit
parfois mauve fauve

L'insolence de la cigale
cet été-là stridence
l'orgie la complainte
que l'on délecte »

Enfin, nous dit « celle qui sait », le poète, sourcier et visionnaire, choisit, dans un siècle ravagé, de remonter le fleuve.

Avec l’expérience, l’écriture de la poète s’est parfaite. Elle est devenue ici magique, mettant le doigt, avec ce sentiment d’évidence propre à la poésie, sur la beauté du monde.

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article
4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:21

Note critique sur

Temps qui installe les miroirs, Nicole Brossard, éditions du Noroît.

http://www.recoursaupoeme.fr/…/fil-de-lecture-de-france-bur…

Dès le poème d’entrée s’expriment le pouvoir des mots, leur incidence sur l’être et le corps puis vient un constat d’expérience, celui que « trop de bruit sous la langue trot d’effroi ».

Tercet après tercet, au moyen d’une langue qui circule, épurée, la maîtrise du temps, la peur et la mort sont exprimées d’une manière optimiste qui tutoie le lyrisme :

« on peut facilement frôler la mort »

« cédilles ou virgules affamées de sens »

« nouvelle peur dans l’imaginaire »

Alors la narratrice, audacieuse, n’hésite pas à désarticuler la phrase, nominalisant des propositions, pour parler de ses « paradoxes » et pour introduire le prosaïque : « l’amertume sous forme d’asperges » ainsi que le familier : « now la vie ». Vie, d’ailleurs, imparfaite : « laine tirée lacet défait » même si « on vit rapproché du ciel ».

Mais c’est dans la joie, « aux sources de tendresse », que se trouve la solution : « tu devras devenir ton propre temps ».

Dans la dernière partie de cet opus le langage se ferme et offre son mystère en même temps que la poète affirme une identité qui reste à décrypter : « je suis parfois sept jours / une chute une lame d’eau…une invention / une analogie ». Puis elle insiste sur l’aspect obscur de ses actes et de ceux de ses pairs : « dans l’abstrait nous montrons nos tatouages ».

Les mots, pour revenir au début, ont pris ici véritablement le pouvoir. Ainsi peut l’emporter le jeu sur le signifiant : « chaos carotide » puisque le sens va en s’effritant. Et s’il y a joie « prodigieuse », elle se trouve dans « l’obsession des mots » cette fois encore.

Repost 0
Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
commenter cet article

Presentation Du Blog

Recherche