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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:19

Note critique sur

La Main de la main, Laura Vasquez, Cheyne éditeur.

http://www.recoursaupoeme.fr/…/fil-de-lecture-de-france-bur…

Comme « La forme de mon ventre », celui du premier des quatre chapitres, le titre du recueil, par sa mise en abyme, est marqué par la possession qu’évoque encore l’incipit : « Le premier matin du ma vie » . Dès le début, la réalité, et, à l’intérieur d’elle, la nature puis le corps lui- même sont des prises de conscience fortes jusqu’à la chute du premier chapitre qui se clôt sur l’hiver dévorant : « Ta bouche tremble pour le dernier hiver ».

Un dialogue s’instaure sans attendre entre un « je » et un « tu » sous forme d’un échange où l’offrande, dans la simplicité, est reine : « Je t’apporte du miel ».

Cette douceur du texte est renforcée par la musique d’une poésie qui chante grâce aux mètres variés, aux strophes de différentes longueurs, aux interrogations ou aux exclamations et à des procédés comme l’anaphore. Ainsi, dans sa sémantique riche, le mot « comme » :

« Comme les choses invisibles »

« Comme je suis seule ! »

Et au mitan de l’opus, un poème autonome : huit vers dans lesquels lecture et écriture sont sources d’élan. La voix s’y exprime au moyen d’un énoncé performatif dans des adunata surréels qui montrent l’audace de la poète-démiurge :

« Que le soleil s’en aille au milieu du ciel et qu’il reste
en place des mois et des mois et des années, des siècles. »

« Alors les soldats lui jettent des pierres
et rien ne bouge
jamais. »

A l’issu du deuxième chapitre, l’auteure définit son identité par des mots où la parole d’un moi en quête de l’aimé n’hésite pas à se faire lyrique.

La partie suivante s’ouvre sur la litanie du « défiguré », « celui qui s’endort », auquel s’identifie la narratrice protéiforme avant même d’arriver à se définir, elle et les autres :

« mon visage est trop mince »

« notre peau est si tendre »

Alors intervient une forme de récit où les pierres ont un rôle, où la gorge se fend, où « les fenêtres de la maison se ferment » pour que puissent commencer les histoires et les choses.

*

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 10:43

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/dominique-zinenberg-fissures-d%C3%A9t%C3%A9/france-burghelle-rey

Fissures d'été, Dominique Zinenberg, Editions du Cygne, Paris, 2014, 10 euros

Dès le début du recueil la succession des haïkus se caractérisent par une énumération de faits réels et poétiques, avec comme sujets animés le " tu " et " les amants ", qui organise le récit jusqu'à sa conclusion. On se réjouit des apostrophes atténuées – il en est d'ailleurs ainsi pour le lyrisme dans l'ensemble du texte - par le travail délicat sur les sons. Avec leur aide les strophes sont transformées en autant d'appels sincères et chaque haïku est comme une perle d'un collier de larmes.

Rêves - c'est la nuit avec la présence insistante de la lune -, sentiments et visions s'accumulent :

" Cela gît

Cela geint,

Ce sont des haïkus "

Chacun d'eux, tel une touche de peinture symboliste, représente, par exemple, l'enfant ou la mer.

Mais cette forme est aussi le lieu de questions avec leurs réponses impossibles. La brièveté, en effet, se prête ici, en tous points, au doute.

S'ajoutent à la lune et à l'enfant encore d'autres récurrences, celles de la mendiante et de l'effacement qui donnent au texte sa cohérence dans " l'été finissant ". Et, quand s'éloigne cette saison trop chaude et douloureuse, meurt alors l'inspiration.

Après Fissures d'été, deux autres volets opèrent quelques fantaisies dans la versification mais les strophes encore brèves restent au service de l'émotion à transmettre. Dans le premier, En chemin, la nature est le cadre apaisant à la fois de l'attente et d'un passé qui surgit sous forme de " lambeaux ". Les blessures anciennes font hésiter la description entre " chardons " et " papillon ", entre nature pesante et nature adjuvante. Tout au long de cette marche sons et chants divers rythment " la louange de rien".

Puis, avec Passe-temps, vient l'espoir qu'exprime une incantation à " l'année nouvelle " interrompue par des vers assertifs sur la beauté comme " La beauté s'est ouverte à minuit ". Alors peuvent, dans une certaine avidité, s'éveiller tous les sens.

Il reste à dire, pour un recueil qui offre à son lecteur un spectacle complet, la traversée du pont jusqu'au printemps, la convocation des éléments et l'échange des voix.

France Burghelle Rey ( mai 2015 )

Dominique Zinenberg : Fissures d'été,

par : France Burghelle Rey

Dès le début du recueil la succession des haïkus se caractérisent par une énumération de faits réels et poétiques, avec comme sujets animés le " tu " et " les amants ", qui organise le récit jusqu'à sa conclusion. On se réjouit des apostrophes atténuées – il en est d'ailleurs ainsi pour le lyrisme dans l'ensemble du texte - par le travail délicat sur les sons. Avec leur aide les strophes sont transformées en autant d'appels sincères et chaque haïku est comme une perle d'un collier de larmes.

Rêves - c'est la nuit avec la présence insistante de la lune -, sentiments et visions s'accumulent :

" Cela gît
Cela geint,
Ce sont des haïkus "

Chacun d'eux, tel une touche de peinture symboliste, représente, par exemple, l'enfant ou la mer.

Mais cette forme est aussi le lieu de questions avec leurs réponses impossibles. La brièveté, en effet, se prête ici, en tous points, au doute.

S'ajoutent à la lune et à l'enfant encore d'autres récurrences, celles de la mendiante et de l'effacement qui donnent au texte sa cohérence dans " l'été finissant ". Et, quand s'éloigne cette saison trop chaude et douloureuse, meurt alors l'inspiration.

Après Fissures d'été, deux autres volets opèrent quelques fantaisies dans la versification mais les strophes encore brèves restent au service de l'émotion à transmettre. Dans le premier, En chemin, la nature est le cadre apaisant à la fois de l'attente et d'un passé qui surgit sous forme de " lambeaux ". Les blessures anciennes font hésiter la description entre " chardons " et " papillon ", entre nature pesante et nature adjuvante. Tout au long de cette marche sons et chants divers rythment " la louange de rien".

Puis, avec Passe-temps, vient l'espoir qu'exprime une incantation à " l'année nouvelle " interrompue par des vers assertifs sur la beauté comme " La beauté s'est ouverte à minuit ". Alors peuvent, dans une certaine avidité, s'éveiller tous les sens.

Il reste à dire, pour un recueil qui offre à son lecteur un spectacle complet, la traversée du pont jusqu'au printemps, la convocation des éléments et l'échange des voix.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 10:35

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/fil-de-lecture-de-carole-mesrobian-autour-de-tristan-felix-laura-vazquez-france-burghelle

Carole Mesrobian : " Recours au poème " ( novembre 2015 )

Un si joli recueil, paru aux Editions du Cygne, et dont la couverture printanière opère un ravissement tel que l’envie de découvrir les textes de France Burghelle Rey s’impose. D’autant que le titre souffle un vent enchanteur sur les massifs de fleurs qui illustrent la couverture. Le Chant de l’enfance s’annonce donc comme un hymne à la vie, au rythme doux et lent qui mène l’être vers demain avec cet évident et inévitable cheminement qui est ici associé à celui incontournable de la nature. L’allusion au chant présente dans le titre, Le Chant de l’enfance, n’est de surcroît pas sans évoquer la veine lyrique, et le lecteur s’attend à une poésie de l’intimité et de l’effusion, des réminiscences énoncées sur le ton de la confidence. Cet horizon d’attente se voit confirmé dès le texte liminaire :

« Perdre son temps à réunir des bribes
ruines de nids de nous
qui sommes oiseaux de cage en cage

Je versifie comme au temps des cerises mon nom de Venise

Voler chaque saison de
souvenirs en souvenirs seul

J’interroge ma vie heure après heure déchiré par
les à-dieu qui dorment en mémoire

Je versifie le chant de mon enfance perdue
autant d’amis me manquent
Que sont-ils devenus ?

En canon chantent leur peine et la mienne »

Invitant le lecteur à entrer in medias res dans son univers le poète se tourne vers son passé. Mais il ne faudrait pas passer outre les références qui émaillent ce tout premier texte : Marguerite Duras évoque une modernité qui côtoie la poésie lyrique dont Rutebeuf a été l’un des tout premiers chantres. Complainte donc dévolue à un syncrétisme générique et temporel, le rythme est donné d’une allure lyrique certes mais aussi d’une parole réflexive sur la nature de la création ainsi que sur la parole poétique. C’est ce qu’annonce l’épigraphe :

« Je cherche pour le temps le chant qui vaille

Philippe Delaveau »

Et nous savons combien ce poète a accordé d’importance à la musicalité du poème, à son ancrage avec une tradition qu’il s’est agi de reprendre sans jamais l’imiter, mais en ayant assimilé ses formes au service d’une poésie qui mène à la révélation d’une immanence. C’est bien à cet objectif que France Burghelle Rey soumet son verbe. Dans une langue tout à fait classique, qui ne soumet ni la syntaxe ni l’emploi sémantique protocolaire du signe à une distorsion quelconque, elle parvient à mener le lecteur vers une révélation sans cesse renouvelée : celle du temps qui passe, thématique classique s’il en est, mais dont l’écoulement est accepté dans la sérénité, car il s’agit bien de l’évocation d’un parcours initiatique, où les épreuves, évoquées dans la plupart des textes du recueil, ont opéré une métamorphose :

« J’avais si peur de la musique
mon souffle était coupé
J’avais si peur de la musique mes mots
Sans leur rythme étaient mort-nés

Il fallait vivre des autres
mon émotion mariée à mes amours
Il fallait vivre des autres mes mots
veufs de leur langue pleurée

D’enfants de mes enfants ma joie
a accouché mon émotion
c’est ma naissance à la vieillesse
mariée à leur beauté »

Cette maturité est celle d’une écriture qui magnifie le passage du temps. L’expérience soutient et façonne l’invention d’une poétique qui prend matière dans le réel. Le chant devient alors celui d’une sérénité et d’une sagesse qui mène au seuil de la contemplation. Et le poète invite le lecteur à trouver en lui cette source de paix.

« Si las des adieux
sentir l’odeur du lilas
amoureux des oiseaux leurs miettes
semées par des doigts de fée

Je n’ai plus envie de m’enfuir
Ma terre est le chant le présent mon espoir
Ne plus attendre l’aube mais
aimer la pluie sans craindre l’orage
l’ami des cœurs à prendre

Tu frissonnes fiévreux
reviens sur tes pas pour
prendre le lilas dans tes bras »

France Burghelle Rey, Le Chant de l’enfance, Le Chant du Cygne, Editions du Cygne, Paris, 2015, 57 pages, 10 euros.

Un si joli recueil, paru aux Editions du Cygne, et dont la couverture printanière opère un ravissement tel que l’envie de découvrir les textes de France Burghelle Rey s’impose. D’autant que le titre souffle un vent enchanteur sur les massifs de fleurs qui illustrent la couverture. Le Chant de l’enfance s’annonce donc comme un hymne à la vie, au rythme doux et lent qui mène l’être vers demain avec cet évident et inévitable cheminement qui est ici associé à celui incontournable de la nature. L’allusion au chant présente dans le titre, Le Chant de l’enfance, n’est de surcroît pas sans évoquer la veine lyrique, et le lecteur s’attend à une poésie de l’intimité et de l’effusion, des réminiscences énoncées sur le ton de la confidence. Cet horizon d’attente se voit confirmé dès le texte liminaire :

« Perdre son temps à réunir des bribes
ruines de nids de nous
qui sommes oiseaux de cage en cage

Je versifie comme au temps des cerises mon nom de Venise

Voler chaque saison de
souvenirs en souvenirs seul

J’interroge ma vie heure après heure déchiré par
les à-dieu qui dorment en mémoire

Je versifie le chant de mon enfance perdue
autant d’amis me manquent
Que sont-ils devenus ?

En canon chantent leur peine et la mienne »

Invitant le lecteur à entrer in medias res dans son univers le poète se tourne vers son passé. Mais il ne faudrait pas passer outre les références qui émaillent ce tout premier texte : Marguerite Duras évoque une modernité qui côtoie la poésie lyrique dont Rutebeuf a été l’un des tout premiers chantres. Complainte donc dévolue à un syncrétisme générique et temporel, le rythme est donné d’une allure lyrique certes mais aussi d’une parole réflexive sur la nature de la création ainsi que sur la parole poétique. C’est ce qu’annonce l’épigraphe :

« Je cherche pour le temps le chant qui vaille

Philippe Delaveau »

Et nous savons combien ce poète a accordé d’importance à la musicalité du poème, à son ancrage avec une tradition qu’il s’est agi de reprendre sans jamais l’imiter, mais en ayant assimilé ses formes au service d’une poésie qui mène à la révélation d’une immanence. C’est bien à cet objectif que France Burghelle Rey soumet son verbe. Dans une langue tout à fait classique, qui ne soumet ni la syntaxe ni l’emploi sémantique protocolaire du signe à une distorsion quelconque, elle parvient à mener le lecteur vers une révélation sans cesse renouvelée : celle du temps qui passe, thématique classique s’il en est, mais dont l’écoulement est accepté dans la sérénité, car il s’agit bien de l’évocation d’un parcours initiatique, où les épreuves, évoquées dans la plupart des textes du recueil, ont opéré une métamorphose :

« J’avais si peur de la musique
mon souffle était coupé
J’avais si peur de la musique mes mots
Sans leur rythme étaient mort-nés

Il fallait vivre des autres
mon émotion mariée à mes amours
Il fallait vivre des autres mes mots
veufs de leur langue pleurée

D’enfants de mes enfants ma joie
a accouché mon émotion
c’est ma naissance à la vieillesse
mariée à leur beauté »

Cette maturité est celle d’une écriture qui magnifie le passage du temps. L’expérience soutient et façonne l’invention d’une poétique qui prend matière dans le réel. Le chant devient alors celui d’une sérénité et d’une sagesse qui mène au seuil de la contemplation. Et le poète invite le lecteur à trouver en lui cette source de paix.

« Si las des adieux
sentir l’odeur du lilas
amoureux des oiseaux leurs miettes
semées par des doigts de fée

Je n’ai plus envie de m’enfuir
Ma terre est le chant le présent mon espoir
Ne plus attendre l’aube mais
aimer la pluie sans craindre l’orage
l’ami des cœurs à prendre

Tu frissonnes fiévreux
reviens sur tes pas pour
prendre le lilas dans tes bras »

France Burghelle Rey, Le Chant de l’enfance, Le Chant du Cygne, Editions du Cygne, Paris, 2015, 57 pages, 10 euros.

Un si joli recueil, paru aux Editions du Cygne, et dont la couverture printanière opère un ravissement tel que l’envie de découvrir les textes de France Burghelle Rey s’impose. D’autant que le titre souffle un vent enchanteur sur les massifs de fleurs qui illustrent la couverture. Le Chant de l’enfance s’annonce donc comme un hymne à la vie, au rythme doux et lent qui mène l’être vers demain avec cet évident et inévitable cheminement qui est ici associé à celui incontournable de la nature. L’allusion au chant présente dans le titre, Le Chant de l’enfance, n’est de surcroît pas sans évoquer la veine lyrique, et le lecteur s’attend à une poésie de l’intimité et de l’effusion, des réminiscences énoncées sur le ton de la confidence. Cet horizon d’attente se voit confirmé dès le texte liminaire :

« Perdre son temps à réunir des bribes
ruines de nids de nous
qui sommes oiseaux de cage en cage

Je versifie comme au temps des cerises mon nom de Venise

Voler chaque saison de
souvenirs en souvenirs seul

J’interroge ma vie heure après heure déchiré par
les à-dieu qui dorment en mémoire

Je versifie le chant de mon enfance perdue
autant d’amis me manquent
Que sont-ils devenus ?

En canon chantent leur peine et la mienne »

Invitant le lecteur à entrer in medias res dans son univers le poète se tourne vers son passé. Mais il ne faudrait pas passer outre les références qui émaillent ce tout premier texte : Marguerite Duras évoque une modernité qui côtoie la poésie lyrique dont Rutebeuf a été l’un des tout premiers chantres. Complainte donc dévolue à un syncrétisme générique et temporel, le rythme est donné d’une allure lyrique certes mais aussi d’une parole réflexive sur la nature de la création ainsi que sur la parole poétique. C’est ce qu’annonce l’épigraphe :

« Je cherche pour le temps le chant qui vaille

Philippe Delaveau »

Et nous savons combien ce poète a accordé d’importance à la musicalité du poème, à son ancrage avec une tradition qu’il s’est agi de reprendre sans jamais l’imiter, mais en ayant assimilé ses formes au service d’une poésie qui mène à la révélation d’une immanence. C’est bien à cet objectif que France Burghelle Rey soumet son verbe. Dans une langue tout à fait classique, qui ne soumet ni la syntaxe ni l’emploi sémantique protocolaire du signe à une distorsion quelconque, elle parvient à mener le lecteur vers une révélation sans cesse renouvelée : celle du temps qui passe, thématique classique s’il en est, mais dont l’écoulement est accepté dans la sérénité, car il s’agit bien de l’évocation d’un parcours initiatique, où les épreuves, évoquées dans la plupart des textes du recueil, ont opéré une métamorphose :

« J’avais si peur de la musique
mon souffle était coupé
J’avais si peur de la musique mes mots
Sans leur rythme étaient mort-nés

Il fallait vivre des autres
mon émotion mariée à mes amours
Il fallait vivre des autres mes mots
veufs de leur langue pleurée

D’enfants de mes enfants ma joie
a accouché mon émotion
c’est ma naissance à la vieillesse
mariée à leur beauté »

Cette maturité est celle d’une écriture qui magnifie le passage du temps. L’expérience soutient et façonne l’invention d’une poétique qui prend matière dans le réel. Le chant devient alors celui d’une sérénité et d’une sagesse qui mène au seuil de la contemplation. Et le poète invite le lecteur à trouver en lui cette source de paix.

« Si las des adieux
sentir l’odeur du lilas
amoureux des oiseaux leurs miettes
semées par des doigts de fée

Je n’ai plus envie de m’enfuir
Ma terre est le chant le présent mon espoir
Ne plus attendre l’aube mais
aimer la pluie sans craindre l’orage
l’ami des cœurs à prendre

Tu frissonnes fiévreux
reviens sur tes pas pour
prendre le lilas dans tes bras »

France Burghelle Rey, Le Chant de l’enfance, Le Chant du Cygne, Editions du Cygne, Paris, 2015, 57 pages, 10 euros.

Un si joli recueil, paru aux Editions du Cygne, et dont la couverture printanière opère un ravissement tel que l’envie de découvrir les textes de France Burghelle Rey s’impose. D’autant que le titre souffle un vent enchanteur sur les massifs de fleurs qui illustrent la couverture. Le Chant de l’enfance s’annonce donc comme un hymne à la vie, au rythme doux et lent qui mène l’être vers demain avec cet évident et inévitable cheminement qui est ici associé à celui incontournable de la nature. L’allusion au chant présente dans le titre, Le Chant de l’enfance, n’est de surcroît pas sans évoquer la veine lyrique, et le lecteur s’attend à une poésie de l’intimité et de l’effusion, des réminiscences énoncées sur le ton de la confidence. Cet horizon d’attente se voit confirmé dès le texte liminaire :

« Perdre son temps à réunir des bribes
ruines de nids de nous
qui sommes oiseaux de cage en cage

Je versifie comme au temps des cerises mon nom de Venise

Voler chaque saison de
souvenirs en souvenirs seul

J’interroge ma vie heure après heure déchiré par
les à-dieu qui dorment en mémoire

Je versifie le chant de mon enfance perdue
autant d’amis me manquent
Que sont-ils devenus ?

En canon chantent leur peine et la mienne »

Invitant le lecteur à entrer in medias res dans son univers le poète se tourne vers son passé. Mais il ne faudrait pas passer outre les références qui émaillent ce tout premier texte : Marguerite Duras évoque une modernité qui côtoie la poésie lyrique dont Rutebeuf a été l’un des tout premiers chantres. Complainte donc dévolue à un syncrétisme générique et temporel, le rythme est donné d’une allure lyrique certes mais aussi d’une parole réflexive sur la nature de la création ainsi que sur la parole poétique. C’est ce qu’annonce l’épigraphe :

« Je cherche pour le temps le chant qui vaille

Philippe Delaveau »

Et nous savons combien ce poète a accordé d’importance à la musicalité du poème, à son ancrage avec une tradition qu’il s’est agi de reprendre sans jamais l’imiter, mais en ayant assimilé ses formes au service d’une poésie qui mène à la révélation d’une immanence. C’est bien à cet objectif que France Burghelle Rey soumet son verbe. Dans une langue tout à fait classique, qui ne soumet ni la syntaxe ni l’emploi sémantique protocolaire du signe à une distorsion quelconque, elle parvient à mener le lecteur vers une révélation sans cesse renouvelée : celle du temps qui passe, thématique classique s’il en est, mais dont l’écoulement est accepté dans la sérénité, car il s’agit bien de l’évocation d’un parcours initiatique, où les épreuves, évoquées dans la plupart des textes du recueil, ont opéré une métamorphose :

« J’avais si peur de la musique
mon souffle était coupé
J’avais si peur de la musique mes mots
Sans leur rythme étaient mort-nés

Il fallait vivre des autres
mon émotion mariée à mes amours
Il fallait vivre des autres mes mots
veufs de leur langue pleurée

D’enfants de mes enfants ma joie
a accouché mon émotion
c’est ma naissance à la vieillesse
mariée à leur beauté »

Cette maturité est celle d’une écriture qui magnifie le passage du temps. L’expérience soutient et façonne l’invention d’une poétique qui prend matière dans le réel. Le chant devient alors celui d’une sérénité et d’une sagesse qui mène au seuil de la contemplation. Et le poète invite le lecteur à trouver en lui cette source de paix.

« Si las des adieux
sentir l’odeur du lilas
amoureux des oiseaux leurs miettes
semées par des doigts de fée

Je n’ai plus envie de m’enfuir
Ma terre est le chant le présent mon espoir
Ne plus attendre l’aube mais
aimer la pluie sans craindre l’orage
l’ami des cœurs à prendre

Tu frissonnes fiévreux
reviens sur tes pas pour
prendre le lilas dans tes bras »

France Burghelle Rey, Le Chant de l’enfance, Le Chant du Cygne, Editions du Cygne, Paris, 2015, 57 pages, 10 euros.

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 08:10

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/denis-heudr%C3%A9-bleu-naufrage-%C3%A9l%C3%A9gie-de-lampedusa/france-burghelle-rey

Bleu naufrage - élégie de Lampedusa, Denis Heudré, la Sirène étoilée, 48 pages, 12 euros, 2015

INCIPIT :

Au vu de l'actualité angoissante concernant les migrants, j'ai été tentée de reporter l'étude du recueil de Denis Heudré concernant le drame de Lampedusa du jeudi 3 octobre 2013 mais je me suis rappelée le numéro " Quinze" porté par un petit cercueil et lu dans un extrait et il m'a semblé impossible de ne pas, moi aussi, lui rendre hommage rapidement.

Dès les premiers poèmes de ces quarante pages, le texte s'écoule, limpide, pour décrire l'horreur et chanter paradoxalement l'île au nom mélodieux. Comment arriver, à mon tour donc, à commenter des mots qui ont, déjà, été difficiles à prononcer et se suffisent a priori à eux seuls ?

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 04:54

INCIPIT :

Homère au royaume des morts a les yeux ouverts,Gérard Macé, le Bruit du Temps, 2015

Le nouveau recueil de Gérard Macé vient enrichir une œuvre déjà importante depuis le premier texte publié en 1974.

Les figures d'Ulysse et de Sisyphe, personnages intemporels, ont été choisies pour ouvrir ce livre placé sous le regard d'Homère. Ensuite sont mises en avant, souvent sous forme narrative, étapes et tragédies de la vie jusqu'au dernier passage. Mais celle-ci ne se fait pas sans oublier les hommes de bien. Ainsi l'astronome ou le vieux penseur dont le langage rédempteur n'a pas " la fleur d'or de la mélancolie ". qui sait, tel le poète qui s'identifie à lui, qu' " une rose est une rose dans toute les langues " de la même manière que Mallarmé auquel il fait allusion.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 08:35

Incipit :

« Sans quitter ta demeure / ni les tiens tu partiras » : c’est sous l’angle du paradoxe, pour un exil particulier, que Max de Carvalho place son recueil.

Des strophes brèves qui, parfois, s’étofferont comme dans « Poème-phare » décrivent dès le début sensations, sentiments et remarques diverses sur les voix, l’appel, les odeurs, la nature. Les phénomènes observés parlent « au voyageur sa langue / mortelle ».

La vision nouvelle offerte ici est celle d’un peintre qui se détourne du figuratif et, sans arbitraire mais dans la cohérence, la poétique de l’opus est bien une poétique contemporaine à la recherche, sinon d’un monde nouveau, du moins d’une nouvelle façon de l’exprimer. Ainsi entre récit et description les constats de Max de Carvalho doivent être décryptés par un lecteur qui se laissera gagner par le goût du mystère et aimera épouser cette nouvelle réalité langagière. Textes et titres sont souvent, tout au long du livre, livrés comme des devinettes :

Demain la poudre

pour toute aube

que ce geôlier

consent, filtrera

nue du soupirail

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 07:20

INCIPIT :

Dès le début du recueil la succession des haïkus se caractérisent par une énumération de faits réels et poétiques, avec comme sujets animés le " tu " et " les amants ", qui organise le récit jusqu'à sa conclusion. On se réjouit des apostrophes atténuées – il en est d'ailleurs ainsi pour le lyrisme dans l'ensemble du texte - par le travail délicat sur les sons. Avec leur aide les strophes sont transformées en autant d'appels sincères et chaque haïku est comme une perle d'un collier de larmes.

Rêves - c'est la nuit avec la présence insistante de la lune -, sentiments et visions s'accumulent :

" Cela gît

Cela geint,

Ce sont des haïkus "

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 07:12

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/denis-heudr%C3%A9-bleu-naufrage-%C3%A9l%C3%A9gie-de-lampedusa/france-burghelle-rey

INCIPIT :

Au vu de l'actualité angoissante concernant les migrants, j'ai été tentée de reporter l'étude du recueil de Denis Heudré concernant le drame de Lampedusa du jeudi 3 octobre 2013 mais je me suis rappelée le numéro " Quinze" porté par un petit cercueil et lu dans un extrait et il m'a semblé impossible de ne pas, moi aussi, lui rendre hommage rapidement.

Dès les premiers poèmes de ces quarante pages, le texte s'écoule, limpide, pour décrire l'horreur et chanter paradoxalement l'île au nom mélodieux. Comment arriver, à mon tour donc, à commenter des mots qui ont, déjà, été difficiles à prononcer et se suffisent a priori à eux seuls

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 05:54

INCIPIT :

Homère au royaume des morts a les yeux ouverts, Gérard Macé, le Bruit du Temps, 2015

Le nouveau recueil de Gérard Macé vient enrichir une œuvre déjà importante depuis le premier texte publié en 1974.

Ce sont, cette fois, les figures d'Ulysse et de Sisyphe, personnages intemporels, qui ouvrent le livre placé, en point de vue inversé, sous le regard d'Homère. Ensuite sont mises en avant, souvent sous forme narrative, étapes et tragédies de la vie jusqu'au dernier passage. Mais le poète n'en fait pas le récit sans oublier les hommes de bien comme l'astronome ou le vieux penseur dont le langage rédempteur n'a pas " la fleur d'or de la mélancolie " et qui sait, tel le poète qui s'identifie à lui, qu' " une rose est une rose dans toute les langues ". Ils le savent, tous les deux, de la même manière que Mallarmé auquel il est fait allusion....


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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 05:35

http://temporel.fr/Richard-Rognet-par-France

Dans les méandres des saisons, Richard Rognet, Gallimard, 2014, 14.50 euros

Le premier volet du recueil de Richard Rognet Dans les méandres des saisons se place, dès le sonnet liminaire, sous la protection des pierres et de leur silence annonçant d'emblée une réflexion sur le temps qui marque l'ensemble du texte. En effet quand le regard n'est pas précis mais quand le mot, lui, l'est trop et nuit à la plénitude des choses, oxymore à l'image de celui qui se formule ici tout au long du texte entre lumière et mort, tout se délite. Ainsi, à la tombée de la nuit, lorsque la mort se met à vivre au point qu'elle « boit le sang » le destin menace d'autant que l'automne arrive. C'est que la fin de l'été rappelle un départ vécu et qu'intervient alors une présence féminine à l'état de souvenir et qui favorise une apostrophe à l'autre . Une aussi à soi-même : « Qui donc es-tu, enfant secret / dans la nuit de / ma mémoire ? » au moment où la marche se fait rédemptrice et où se produit un dédoublement. Malheureusement, avoue le poète narrateur, « Je passe près de moi sans reconnaître qui je / fus ». Cette dialectique présence-absence est prégnante dans l'évocation même des « chers disparus » comme le père dont « l'ombre revient… dans l'inconnu d'autres présences ». Il y a aussi « une femme courbée sur des / fleurs un peu lasses », et avec les choses du tiroir qu'il ne faut pas déranger, le « carnet d'adresses » qui garde les morts en mémoire.

Le style lui-même, par ses répétitions, soutient ce parti pris de récurrences. Pas de rimes pour ses sonnets à la conception contemporaine mais des enjambements en grand nombre qui trahissent les groupes syntaxiques pour un rythme ample et particulièrement délicat. Richard Rognet renouvelle, jusque dans son mètre et dans sa strophe, cette forme fixe dont 2014 se veut l'année mais il le fait dans une simplicité qui trouve son origine justement dans les souvenirs sans cesse évoqués au cours de sa délicate promenade.

Malgré « la cohue des souvenirs », la mémoire se fait déficiente : tout « arrive d'un ailleurs qui / ne ( lui ) appartient plus », le temps n'est plus maîtrisé. Et pire, sans doute, le présent « n'est que le miroir infidèle de l'autrefois / profond ». Mais la nature et ses êtres vivants sont là pour consoler l'homme comme le papillon qui « se souvient de ( sa ) nuit » ou comme « les arbres, les insectes, les herbes vives d'autrefois » qui « reviennent ( le ) nommer avec ceux d'aujourd'hui » et le rendent vivant. Sans oublier cette neige rassurante, qui, dans la chute d'un vers formé comme bien d'autres d'un seul hémistiche, fait partie « de ce qui ne meurt pas ». Ainsi l'histoire qu'il écrit autant que ses larmes elles-mêmes fusionnent avec les éléments de la nature, sa compagne, au point que le doute ( « entre quel printemps et quel hiver ? » faut-il que celui qui « tourne en rond » cherche les mots ) s'efface dans un sursaut qui se traduit par une apostrophe, cette fois à lui-même : « Richard, je t'entends dire des poèmes, / c'est la nuit dissipée, c'est le jour / délivré, le temps presque visible au cœur / de l'infini ». Cette victoire fait écho à la certitude exaltée de la première partie de l'opus : « Non, / tu n'en finiras pas avec les roses et les sapins ». Après l'espérance, c'est enfin la paix retrouvée pour celui qui, dans sa conversation avec le lecteur, affirme « qu'il ne faut pas craindre de quitter sa / maison ».

C'est justement la présence de la mère, au moment du retour chez soi, que le deuxième volet célèbre. Le poète y parle, comme on le fait rarement, de la mort inattendue et des derniers instants de celle qu'il chérissait. L'évocation de détails réalistes et de la souffrance originelle -« j'ai mal à ma naissance » - s'accompagne de celle des choses immuables de la nature : « Les bouleaux égrenaient / leurs prunelles dorées. Les platanes lâchaient comme des mains ouvertes, l'or de leurs feuilles, / qui chatouillait l'herbe assoupie ». Dans un style classique et froid comme la mort court un récit dont les chutes fréquentes et ménagées soigneusement provoquent cependant sans cesse l'émotion : « Bien sûr qu'on aura les roses espérées » ou « Et voilà qu'un pétale, apporté par la bise, tombe sur elle, doucement ».

Comme le cri de l'endeuillé fait écho au cri de sa naissance les thèmes, ici, font écho à ceux de la première partie. De même celui de la mémoire et du poids des souvenirs qu'il faut éviter de porter puisque le vie continue rythmée par les événements parfois infimes qui rappellent la disparue : « Je continue à recevoir les catalogues que tu / aimais feuilleter ».

Quand se réveille la douleur du poète, celui-ci supplie « les présences de la nuit » d'exaucer son désir le plus humble : « lui offrir ce léger bouquet d'étoiles ».Cette même délicatesse se retrouve dans le salut à une passante - topos transposé - qui lui rappelle sa mère.

Puis tandis que la mort se confond avec la nature « qui chasse le chagrin qui rôde » - elle est « une / rose qui s'élance avec des fragments / de joie » – le récit s'empare de moments « éphémères », comme la vue d'un nuage, pour les faire vivre « au détour d'une phrase imparfaite » et poétise également des actes symboliques et superbes comme l'agrandissement de la photo des parents à « un peu plus de vingt / ans ».

A la toute fin du livre, la mort encore, si elle n'est pas apprivoisée, quand la souffrance et l'hommage, dans la maison où le fils en peine « traîne » une nuit, « envers d'une nuit beaucoup plus noire », prennent leurs plus beaux accents, cette mort donc devient magnifiquement « la gloire de l'absence ».

Et dans l'excipit, au moment où le poète entre à la mairie pour demander l'acte de mariage de ses parents, le village s'anime enfin dans une dernière chute joyeuse et pressentie. Il reste au lecteur à remercier Richard Rognet pour ce message d'espoir.

France Burghelle Rey

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Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans NOTES CRITIQUES
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