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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 05:36

http://traversees.wordpress.com/

Incipit :

Un instant appuyé contre le vent, Lionel Jung-Allégret,  éditions Al Manar, 2014

 

 

Le dernier volet de la trilogie de Lionel Jung-Allégret, Un instant appuyé contre le vent, est un long poème où alternent des versets et des vers libres qui permettent au lecteur d'unir son souffle à celui du poète.

 

Dès le début, en effet, des tirets signalent un dialogue. Mais ne s'agit-il pas plutôt d'un entretien avec soi-même au cours duquel le sujet énonce ses certitudes dans le bien comme dans le mal, dans la vie comme la mort :

" Je sais que le soleil meurt aussi dans l'écriture infinie de la cendre

Je sais

Plus loin que nous

Ce qui reste de la flamme d'un chemin "

 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 05:26

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/rouge-assoiff%C3%A9e-de-claudine-bertrand/france-burghelle-rey

Incipit :

Rouge assoiffée, de Claudine Bertrand © Typo poésie – Éditions TYPO (2011 – 400 pages),

15euros                   

 

Par le titre de son l'anthologie, qui rassemble quinze recueils publiés de 1983 à 2009, Claudine Bertrand évoque au féminin amour et  passion et l'ensemble des recueils le fait avec une poésie d'une richesse exigeante et dans un véritable hommage à la langue et aux mots.

Une étude exhaustive serait vaine ici. Il suffira de privilégier quelques aspects de l'œuvre pour rendre compte du génie de l'auteur. 

 

Dans la première moitié du recueil la poète alterne l'expression en vers libres et celle en prose avec des textes qui, parfois brefs, vont jusqu'à se réduire en versets. C'est seulement à partir du Jardin des vertiges ( 2002 ) qu'elle trouve sa mise en page et choisit définitivement une disposition en vers libres, avec son rythme souple et musical et sa concision silencieuse. Ceux-ci présenteront, de plus en plus, pour affronter la vie et son destin, une maîtrise du vocabulaire ainsi que la simplicité d'un style souvent lapidaire et porté à la perfection, sans compromis, sans arbitraire comme dans Autour de l'obscur ( 2008 ) : " Profaner le fatum / Ce qui lui ressemble / Tirage au sort ".

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 07:30

Incipit :

Dans son dernier recueil Plus que les ronces Bertrand Degott se livre en déclinant, entre autres, son art poétique. Si celui-ci est fait de quintils en vers rimés comportant, d'après son auteur, des mots plus que du sens puisque " pour la théorie évidemment, c'est nul ", c'est bien le lecteur qui, au final, décidera : " c'est à toi lecteur d'en décider / je fais de moins en moins confiance à mes idées ".

Il devra alors constater que le travail du poète atteint, grâce au rythme, assuré notamment par les allitérations et les assonances, la beauté des sonnets d'un du Bellay : " A tramer tant de soie souvent je te côtoie ".

 

http://temporel.fr/Bertrand-Degott-par-France

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 06:12

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/le-temps-ouvre-les-yeux-de-g%C3%A9rard-pfister/france-burghelle-rey

 

 

A la suite du recueil précédent, Le grand silence, la marche continue, aveugle, et il n'y a " rien d'autre / à dire  / que l'évidence ", à savoir, sans doute, la poésie elle-même. L'économie de moyens de la phrase unique composée de distiques très brefs est là encore au service, cette fois, de neuf chants. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/le-temps-ouvre-les-yeux-de-g%C3%A9rard-pfister/france-burghelle-rey#sthash.agQRXhf9.dpuf
A la suite du recueil précédent, Le grand silence, la marche continue, aveugle, et il n'y a " rien d'autre / à dire  / que l'évidence ", à savoir, sans doute, la poésie elle-même. L'économie de moyens de la phrase unique composée de distiques très brefs est là encore au service, cette fois, de neuf chants. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/le-temps-ouvre-les-yeux-de-g%C3%A9rard-pfister/france-burghelle-rey#sthash.agQRXhf9.dpuf

Le temps ouvre les yeux. Oratorio, Gérard Pfister, Arfuyen, 2013

 

A la suite du recueil précédent, Le grand silence, la marche continue, aveugle, et il n'y a " rien d'autre / à dire  / que l'évidence ", à savoir, sans doute, la poésie elle-même. L'économie de moyens de la phrase unique composée de distiques très brefs est là encore au service, cette fois, de neuf chants.

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 05:49

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Ode au recommencement, Jacques Ancet, Lettres vives, 2013

  http://incertainregard.hautetfort.com/archive/2014/06/21/jacques-ancet-5395797.html

 

Après Les Travaux de l'infime et Comme si de rien, Jacques Ancet poursuit sa quête au milieu de la nuit des interrogations.

 

Le titre même du recueil annonce une profession de foi, celle d'un homme qui fait de la musique et des mots la définition de sa vie. Dès les premières lignes du recueil, le narrateur intègre l'aventure de son incessant retour dans un discours poétique où signifiants et signifiés sont exprimés dans la simplicité des mots les plus justes. Celle-ci est alliée à la beauté quand il suffit de lire au cœur du recueil : " je ne voyais … rien d'autre que le soir qui tombait sur les grands platanes couverts de cris et d'oiseaux noirs " ( p 46 ).

 

Sa présence au monde permet au poète de surmonter la conscience angoissante du " cercle sans fin " et du " présent perpétuel " même si, d'emblée, c'est une réalité sordide dont il lui faut parler, une réalité d' "os ", d' " excréments et d' " ordures "  à laquelle va s'ajouter tout un non-dit, " tout ce que je ne dirai pas et qui m'accable " ( p 11 ). Il ne s'agit pas seulement de ruminations anxieuses et de variations inquiétantes sur les thèmes du recommencement et de la ressemblance, mais d'une profonde empathie avec l'Histoire humaine qui lui fait évoquer l'effondrement des bourses ou la torture ainsi que le destin de chacun comme celui du vieil homme qui se suicide en pressant la gâchette ...

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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 07:12

Dès le début du recueil, à la lecture des versets qui évoquent la nature, la chatte puis la statue d'un visage, celui du peintre qui a vécu dans la maison, comme le dit l'exergue en italiques, le lecteur est sensible au thème sous-jacent du temps.

 

 De ce fait, à la 3° page, sonnent, à la façon des quatre notes de la 5° Symphonie, les quatre  syllabes d'un " Tu te souviens ". Le choc est d'autant plus grand que Béatrice Bonhomme n'hésite pas à écrire " beau " et à choisir, notamment la plus belle des fleurs, la rose, qu'elle soit réelle ou imaginaire pour laisser l'émotion envahir son texte. On y retrouve les accents que la poésie de Lydie Dattas, dont l'œuvre revendique la " beauté ", a offert en son temps dans le Livre des Anges II : " Les roses respiraient le parfum de ton âme / ces roses mouraient en même temps que toi ". Sauf qu'ici, il ya une rose qui " brûle" encore...

 

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2014/02/b%C3%A9atrice-bonhomme-variations-du-visage-de-la-rose-par-france-burghelle-rey.html

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 13:00

Note critique pour Révolution, France Burghelle Rey, La Porte ( extraits )

 

 

" mais j'avance recueille l'eau des plaines et lave les blessures de ceux qui font la guerre e qui pisse les sang "

 

 

Deux directions antinomiques activent le poème : d'une part le soleil, la lavande et Van Gogh, d'autre part une souffrance réelle et ses blessures de guerre : "je me tais pour apprendre à hurler tout bas. Mais là ne se limitent pas nos surprises. Apollinaire et ses Calligrammes arrivent  et " si la couleur crie comme un chant de victoire " nous pénétrons dans le tableau qui s'ébauche …

 

France Burghelle Rey nous livre, comme furtivement, sa douleur ( avec les jeunes enfants battus violés ). Face à la guerre ( d'Iraq, Syrie ou Liban ) il faut résister : " si dire n'est pas avouer, crier est refuser ". Et le dialogue entre l'ombre te la lumière, entre le chant et les cris est merveilleusement troublé par la scène suggérée des corps couchés côte à côte. " Funambule sur une lame de rasoir " France Burghelle Rey s'avance dans les champs de colza, troublée par l'odeur de la lavande et dans un souffle d'air ébauche sa " Révolution ".

 

                                                                                         Gérard Paris

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:35

 

 

Rouge assoiffée, Claudine Bertrand, Typo éditions                        France BURGHELLE REY

 

 

Par le titre de son l'anthologie, qui rassemble quinze recueils publiés de 1983 à 2009, Claudine Bertrand évoque au féminin amour et  passion et l'ensemble des recueils le fait avec une poésie d'une richesse exigeante et dans un véritable hommage à la langue et aux mots.

Une étude exhaustive serait vaine ici. Il suffira de privilégier quelques aspects de l'œuvre pour rendre compte du génie de l'auteur. 

 

Dans la première moitié du recueil la poète alterne l'expression en vers libres et celle en prose avec des textes qui, parfois brefs, vont jusqu'à se réduire en versets. C'est seulement à partir du Jardin des vertiges ( 2002 ) qu'elle trouve sa mise en page et choisit définitivement une disposition en vers libres, avec son rythme souple et musical et sa concision silencieuse. Ceux-ci présenteront, de plus en plus, pour affronter la vie et son destin, une maîtrise du vocabulaire ainsi que la simplicité d'un style souvent lapidaire et porté à la perfection, sans compromis, sans arbitraire comme dans Autour de l'obscur ( 2008 ) : " Profaner le fatum / Ce qui lui ressemble / Tirage au sort ".

 

Grâce à un certificat de scénarisation cinématographique l'œil de Claudine Bertrand s'est fait caméra au service d'une écriture visuelle et dans ses textes liminaires, ceux deMémory, par exemple, chaque cadrage embraye sur le précédent et les voix se multiplient comme des angles de prise de vue. Le lecteur des recueils récents se réjouit alors d'avoir confirmation de son admiration pour la poétique qui s'ouvre ici et offre tout son potentiel: " lente déchirure / de cette femme / mise à nue / voir soudain / l'œil de voyante ".

 

Au départ de la réflexion sont déjà convoqués les thèmes de la mémoire et du deuil  récurrents dans l'ensemble de l'œuvre, avec le questionnement qui, d'évidence, va de pair.

Pour évoquer la mort : " jamais elle ne reverra son père et sa mère " ( La Dernière femme -1991 ), des mots concrets et choisis avec précision se font écho au long des recueils " ombre ","  chaos ", " crânes ", " os ", " guerre ", pierre tombale ". Cette dernière donnera lieu plus tard en 2005, sous le titre Pierres sauvages, à un magnifique développement sur la vie d'une matière devenue vivante : " La pierre crève les yeux du miroir ".

 

Ainsi se fait la quête conjointe de l'identité pour celle qui écrit : " je suis déjà morte " ( Nouvelles épiphanies - 2003 ) ajoutant plus loin : " Dire je est lourd / surtout quand il fait défaut ".

Point n'est donc besoin de nouveaux mots, d'un nouveau langage à décrypter  pour celle aussi qui, même en errant, – " je perds l'écriture,", dit-elle, dans le très bel opus A 2000 années-lumière d'ici ( 1999 ) -  a le verbe simple et l'alliance innée du son et du sens: "depuis le début des temps / je m'appelle Constance / malgré tout je me sens prête à décoller ".

 

Et c'est dans la violence qu'il lui a fallu vivre et écrire là sa souffrance. Cette même année, Tomber du jour évoque la tornade qui détruit " maisons, villes et villages " et s'achève par une terrible chute : " Tombeau des regrets ". Tombera aussi la pluie en 2004 ( Chute des voyelles ) / à la recherche des pleurs  / Cette souffrance / jusqu'au dernier battement du monde ".

 

Mais la solitude à la fois de l'esprit et du corps " en réclusion ", comme la recherche de l'identité de " l'orpheline / en deuil de soi ", trouvent en l'écriture le meilleur adjuvant possible. Déjà en 1994 dans La Montagne sacrée, avant même le mitan de l'anthologie, le verbe apparaît magnifié et semble la solution suprême à un destin décrit mot à mot ainsi que le fait une dentellière pour former ses jours : " Une parole / s'enracine au temps immémorial / Me délivre d'un secret trop lourd / une voix la plus déchirante / Réamorce le divin ".

Dans " un cantique de l'âme " et " en un poème symphonique " l'écriture assiste la mémoire par sa présence au monde et prépare la poète à l'accès vers la lumière. Celle-ci écrira dans Pierres sauvages encore : " un mot à la fenêtre / éclaire le paysage ". Elle qui disait dans sa première prose : " Je ne suis qu'une fiction " annonce ainsi la renaissance, corrélative aux deuils multiples, qu'elle avait d'ailleurs pressentie dans une superbe assertion : " je suis une perpétuelle voyelle dans ce paysage sans limite " ( La Dernière femme ). Elle ne savait pas alors combien elle disait vrai et ignorait qu'une aventure de plus de vingt ans s'offrait à elle.

 

Avec Le Corps en tête en 2001 le troisième millénaire s'ouvre sur une constatation positive : " Je commence à entendre ce que je n'entendais pas ". Le monde, comme le corps lui-même, sont perçus dans une certaine jubilation. Se confirme enfin la joie ressentie à exprimer son existence par l'écriture poétique. Voici que l'année suivante, l'écriture, au service de la nature et du cosmos, rejetant les métaphores usées au profit d'expressions originales comme celle du " ciel jongleur", honore le corps et, plus encore, l'être féminin tout entier, lui qui " enlace le minéral / de baisers malicieux / sous un ciel ivre " ( Jardin des vertiges ).

L'amour encore y est exalté quand " Un cœur fuit / sous la verrière / de roses et de clématites " et qu'il " se révèle enflammé / de toutes lèvres complices ".

 

Il s'agira donc bien d'espoir dans Pierres sauvages car le voyageur, même s'il fuit, " entend ce vers: " Voyageur, debout / c'est vers loin / que tu marches " et reçoit, par ces mots joyeux, toute la promesse d'un temps-espace offert à sa liberté

 

Mais néanmoins restent encore des questions qui, dès les premiers temps de la réflexion, étaient là et l'écriture est elle-même objet de doute. En effet, Claudine Bertrand, à la lire, n'est pas toujours certaine que ses mots forment un poème. La douleur s'exaspère dans les derniers recueils quand la mémoire se trouve au comble du manque : " Je ne sais plus mon nom " et  que son corps est malade au point qu' elle crie en une belle et émouvante paronomase : " Je n'ai plus de prière / …Je n'ai plus de pierres / ni de père " ( Ailleurs en soi - 2006 ) Mais juste après, dans un sursaut, elle exprime sa décision d' "extirper le verbe / du verbiage / du vacarme / pour éloigner le banal / et rendre le mot à  la bouche ". L'objectif essentiel est donc  toujours bien le verbe.

 

Les mots étaient déjà en 2001 les compagnons de la femme renaissante:

 

"Dentelles, satin, tulles mousseline  lui font un 

cortège de sonorités sous le palais.

 

Un flux de lumière coule dans le corps de la pensée."

 

Enfin dans le dernier recueil ( Passion Afrique- 2009 ) le poète se fait le " passeur " de cette lumière, la voix " renonce à se taire " quand, " derrière chaque syllabe ", est repoussée " la frontière ". On se souvient que celle qui s'identifiait au E n'a pas hésité, pour faire jouer la musique, à introduire dans sa poésie l'anglais ou l'italien.

 

C'est tout cela, avec la variété des moyens, la fidélité aux thèmes et l'harmonie d'un certain lyrisme évident malgré l'économie des mots, qui fait l'originalité et la valeur de l'anthologie Rouge assoiffée de Claudine Bertrand.

                                                                              France BURGHELLE REY

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 21:58

L’eau tremblante des saisons, Joëlle gardes, éditions de l'Amandier, 2012

 

 

 

Dès les premières pages de son deuxième recueil de poésie le style de Joëlle Gardes  se doit d’être doublement défini comme l’a été celui du premier intitulé Dans le silence des mots : un rythme ample propre à dissoudre, en quelque sorte, l’émotion alterne parfois avec une écriture du cri. Se dévoile, tout de suite également, l’objet de la quête, qui n’est autre que la vérité, exprimé par des notations tantôt positives, tantôt négatives et privilégiant la réalité palpable, notamment celle du corps. Dans une constatation sordide avec des mots comme " dentelle sale", " poussière ", "  poubelle ",  l’être n’a plus sa place.

 

Plus loin, le duo antithétique jour / nuit est suivi du thème tout aussi héraclitéen naissance / mort, mots qu’on retrouve dans le titre du premier volet. On voit encore, dans ces nouvelles pages, que les assertions oxymoriques ponctuent la pensée de l'auteure et provoquent le lecteur. Ainsi le début de la vie contient-il l'idée de finitude : " toute naissance est un miracle qui accroît la misère du monde " et " le désespoir d'être né " se juxtapose aux " fous rires ". Surtout pour celui qui est seul dans sa maladie et dans " l'inutile beauté du monde ".

Nos actes, il l’est dit ici, comme les concepts, sont paradoxaux : " Nous étreignons l'inconsistance ", " je pleure sans larmes ". C’est d’ailleurs la vie elle-même qui contient la mort puisque une partie de nous est emportée par ceux qui disparaissent au point qu'on en arrive à l'idée que l'histoire vécue est incertaine et que le néant nous menace. Dans un sursaut, se formule alors le chiasme " vivre-écrire écrire- vivre ".

 

 

Mais si, pour comble de malheur, l'espoir aussi est malade, aurons-nous encore des mots, une fois avoir " déposé les armes du maquillage et du vêtement de ville " ?  Il faut ajouter que c'est sans doute, d'ailleurs, la narratrice elle-même qui a " perdu le temps " et, avec lui, les mots. Ce récit poétique en demi-teinte de l'expérience de l’hôpital allié à l'expression des petites réalités têtues du quotidien lui assignera dans les dernières lignes du livre " une place dans l'univers ".

Mais auparavant, on apprendra que, s'il y a un avenir, il est bien évidemment dans les mots : " Demain n'est que dans les mots " et on admirera jusqu’à la fin un véritable sens de la formule qu'enrichissent des allitérations comme celle où se mêle le verbe éponyme " trembler" : " La lumière tremble sur la terrasse aux dalles brûlantes " et  celle qui rythme l’un des vers les plus optimistes : " Au seuil du sommeil soi seul vide apaisé ". 

Cette vérité de la nature et sa simplicité ouvrent l'avenir et, après le roucoulement des tourterelles et la chaleur des galets, le " je " peut s'avouer, dans sa première occurrence, destinateur et actant serein et il le fait dans un des plus beaux versets qui soit :

 

" je regarde sereinement le cours d'une vie qui a peut-être été la mienne et je me laisse absorber par le soleil qui décline "  

 

 

Des solutions, heureusement, s'annoncent dès le milieu du recueil quand se fait, par " une force arbitraire" et dans " l'émotion",  le choix de l'insouciance. Ainsi faut-il, pour le deuxième volet, s'en remettre encore aux rumeurs du monde. En premier lieu, on peut y lire, même s'il est contradictoire, l'éloge du silence qui permet, d’un côté, de  mieux entendre et, de l’autre, de trouver l'énigme. Puis, de l'ouïe au toucher, les sensations sont finement exploitées et ce n'est pas l'absurdité des actions humaines qui empêche Joëlle Gardes de mettre en place de petits tableaux comme celui si fin et si touchant de la chatte noire. Enfin dans " Saisons " le bruissement de la vie, la couleur du monde semble l'emporter sur les constats pessimistes. Des pages entières parlent d'elles-mêmes sans qu'on ait besoin de les commenter. Elles s'expriment par touches délicates et sont comme mises en abyme par l'enfant qui " dépose des gouttes de gouache sur l'arbre tordu au milieu de la page ". 

 

Cependant, même si un certain optimisme est présent, tout le long du recueil alternent paix et inquiétude car, malgré la prégnance de la nature, " le printemps ne tient pas ses promesses ". Il y a conjointement l’errance de l'homme parce que "  Le chemin est encaissé " et que,  du côté de la plage où la narratrice se promène, la lumière est, dans une métaphore des plus violentes, " un coup de poignard ". Ce paradoxe d'une nature à la fois hostile et amie est parallèle à l'oubli et à la conscience de soi. Peut-être est-ce pour faire face à ce malaise que, même si le jaune et le vert sont des couleurs agressives, l'usage du camaïeu – et ce sont des roses, des mauves - est familier à la poète-peintre. Celle-ci se fait nabi ou fauve et n'oublie aucune couleur du prisme. L’importance des sensations est nettement visible jusque dans la synesthésie quand, dans une chute dont Joëlle Gardes a l'art,  la lumière, redevenue ici amie, a, elle encore, «  un parfum que l'on reconnaît les yeux fermés ". Quand celle-ci éclot, attendue par un "  je "  qui résiste au destin, c’est à travers le gris. Le chromatisme, de toute évidence, éclaire de façon  récurrente et symbolique tout le livre. 

 

Le lecteur, tout en étant entraîné d’une saison à l’autre, l’est également d’un lieu à l’autre, de Marseille à Fès, de la campagne à la ville. De la description ( l’observation précise et exhaustive de la nature créera surprise et émotion  jusqu’au bout ), Joëlle Gardes passe à la narration avec facilité et naturel . L’émotion l’a saisie elle aussi et, du même coup, celui qui la lit, par l’intermédiaire de l’écriture poétique. L’art de la formule et celui de l’énumération, qui balayent soigneusement tout un paysage, y sont pour beaucoup. Si d’autres procédés littéraires interviennent, c’est toujours avec légèreté et simplicité. Ainsi en va-t-il de la personnification : 

 

" Quand le vent me jettera à terre mes pensées deviendront oiseaux ".

 

A la toute fin du recueil se confirme une véritable philosophie de la vie, comme en ont les grands auteurs. L'homme, nommé, avec empathie, par le pronom de la première personne du pluriel, va trouver sa place  dans " l'éternité provisoire " et, grâce à celle-ci, une stabilité qui va lui rendre " la présence au monde ". Cela ne va pas sans une dernière révolte contre un dieu injuste quand a disparu le grand Pan et, avec lui, " les choses innocentes ".

 

A l'occasion d'un dernier cri qui signale une ultime résolution, l'adverbe " dorénavant" introduit une succession d'actes futurs qui s'accompliront " dans la sérénité de ceux qui ont renoué  l'alliance avec les choses ".  Ce cri s’accompagne des dernières questions essentielles qui se posent quand on cherche la vraie vie et d’une formulation étonnante et poétique de l’hybris :

 

" Les dieux n’aiment pas ceux qui cueillent plus de fleurs que la main ne peut en contenir " 

 

Mais l'homme reçoit, en dernier lieu, dans une vision spatio-temporelle large, un éloge pour sa patience au travail symbolisé par " les briques, " les fragments " et " les mots". Celui-ci n'a d'autre objectif que de transmettre au lecteur un dernier espoir. Que Joëlle Gardes en soit remerciée !

 

                                                                                                                    France Burghelle Rey

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 21:51

http://www.culture.paris-sorbonne.fr/placedelasorbonne/2012/11/07/france-burghelle-rey-joelle-gardes-leau-tremblante-des-saisons-editions-de-lamandier-2012/

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