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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 06:04

                                                 Discours de fin de carrière

 

Je vais essayer – l'émotion est grande et les mots sont si importants pour moi – Je vais essayer… déjà de ne pas pleurer – c'est inhumain cette émotion, on devrait avoir le droit de s'entraîner – je vais quand même essayer. Une phrase que j'aime particulièrement, c'est celle qui a été prêtée à V. Hugo par Fabrice Lucchini interviewé pour son rôle dans Beaumarchais l'insolent : " Dieu nous aime non parce que nous arrivons, mais parce que nous essayons ". Elle est valable pour moi ici mais aussi pour les plus jeunes, pour tous et dans de nombreuses situations. J'ai aimé l'utiliser parfois en cours.

 

Je vais essayer…de vous parler…sans vous faire pleurer.

 

 

 

Car c'est un message de joie que je veux vous transmettre même si j'ai eu l'occasion de dire dans des circonstances difficiles que Saint Michel était " ma maison " et qu'il s' est bien agi en ce mois de juin d' un déménagement considérable.

 

 

Comme on oublie facilement ce qui est trop long, je serai brève. J'ai d'ailleurs toujours fait court déjà étudiante et jusqu'à cette année où, dans le peu de temps que me laissait une forme de surmenage, mes textes ont fini par faire trois lignes.

 

Ceux qui me connaissent comprendront que je ne peux faire ici un discours long et conforme et vous raconter mon parcours depuis 1972. D'ailleurs pour quelqu'un qui, comme moi, aime tant la variété, il a été d'une banalité étonnante.

Mais celle-ci s'explique car, au-delà d'un contenu à transmettre qui me passionnait, je me suis attachée au fur er à mesure des années à la pédagogie, et je me suis toujours souvenu de cette phrase d'une de mes professeurs, un cliché, sans doute, mais un cliché du cœur efficace : " on n'enseigne pas seulement ce qu'on sait mais ce qu'on est ".

 

Pour parler du contenu cette fois, je prendrai un exemple de ce que nous avons apprécié beaucoup mes élèves et moi, parmi l'enseignement des langues anciennes, même si ce que j'aime le plus c'est la  littérature contemporaine.

Je veux parler des mots et de leur étymologie que j'ai adoré enseigner et vous en donnerai un exemple vivant, magique. Celui du mot latin : " proles " qui signifie " la lignée ". A Rome les prolétaires étaient ceux qui n'avaient comme fortune que leurs enfants .

J'entends, pour notre temps et pour notre lieu, le mot " fortune ", non seulement comme " bien " mais comme " chance ", au sens latin justement.

 

J'ajouterai que c'est avec l'origine des mots qu'on peut apprendre la civilisation, la vie aux enfants, qu'on éveille leurs esprits. Parce que " cultiver ses racines, c'est assurément avoir des bourgeons ". Ces bourgeons de notre langue vivante, nos mots, qui forment nos élèves, nos enfants et nos petits-enfants que je tiens particulièrement, vous vous en doutez, à évoquer ce soir.

 

J'ai été, en cette dernière année, très heureuse, telle une prolétaire romaine, avec ma dernière génération d'élèves à qui j'ai voulu transmettre mes dernières joies de femme et d'enseignante. Ils m'ont rendu beaucoup de ce que j'ai essayé, encore une fois, de leur donner.

 

Ainsi, pour terminer, je vous dirai que c'est bien, je l'ai vérifié, c'est bien Gandhi qui a dit " Vis comme si tu allais mourir demain ".

Alors je dois vous conseiller - c'est très sérieux - :" Enseignez ou travaillez ici comme si c'était votre dernière année " et vous serez heureux comme je l'ai été ! Du moins, dans les moments de doute, rappelez-vous qu'une collègue sincère a voulu vous transmettre ce message pratique et joyeux et qu'il faut essayer, là encore.

 

                                                                         France Burghelle Rey

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by FRANCE BURGHELLE REY - dans Discours de fin de carrière
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